Sunday, September 14, 2014

Comment Dieu disparut de Jorwerd

D’innombrables ouvrages ont été rédigés sur la transformation de la vie au village. Mais la manière dont « les forces du marché commencèrent à pénétrer dans la société civile et réduisirent à néant le domaine privé » (Barber) n’a peut être jamais décrite d’une manière aussi saisissante que dans l’ouvrage de Geert Mak, « Comment Dieu disparut de Jorwerd » (1996, traduit en allemand en 1999) un ouvrage entre temps devenu un classique.

Jorwerd est un petit village agricole de la province de la Frise, dans le Nord des Pays-Bas. Jusqu’à il y a quarante, cinquante ans, les fermiers contrôlaient le domaine central de l’économie, même si cette économie montrait une faible productivité. Cela commençait déjà au niveau de la famille :

« Les familles nombreuses classiques de paysans n’avaient pas la vie facile, mais elles avaient un gros avantage par rapport aux familles en ville : elles disposaient habituellement de leurs propres légumes produits sur place, de leur propre viande, de leur propre lait, beurre, fromage, œufs, pommes de terre, et pouvaient donc ainsi subvenir elles-mêmes à leurs besoins vitaux. » (p.23).

Ce qui devait être acheté en surplus (par exemple le café, le thé, le sucre, le savon) ne représentait pas une grosse dépense. Mais surtout, l’achat se décidait à partir du besoin bien déterminé. Et pourtant cela se modifia : « Jusque dans les années soixante, beaucoup de fermiers n’entraient jamais eux-mêmes dans un magasin. La situation de classe moyenne était chez elle. » Lors d’un entretien avec des villageoises plus âgées, celles-ci déclaraient: « Nous inscrivions dans un peut livre de comptes, ce dont nous avions besoin, mais pas plus. Le café, le thé, le savon qu’il fallait. Pour toute la famille, je n’achetais alors jamais plus que pour vingt marks par semaine. » (p.24). Ce système disparut irrémédiablement dans les années soixante-dix. les gens devinrent mobiles, la classe moyenne disparut à Jorwerd, la publicité et les bas prix des supermarchés dans la ville – désormais accessibles en voiture – modifièrent complètement les comportements d’achat.

Cela se produisit du côté de la consommation. Mais aussi, eu égard à la production, le contrôle s’en déplaça également vers l’extérieur. Car le progrès technique fit son entrée dans la ferme agricole. D’abord, surgirent les machines à traire et le tracteur remplaça le cheval. Ces investissements n’étaient pas encore de gros obstacles pour le fermier. Mais dans les années soixante-dix, cela aussi changea. Le réservoir à lait devint par exemple un standard : « les fermiers durent s’offrir de gros réservoirs à lait. Avant cela, on travaillait avec les bidons de lait démodés, qui étaient déposés le matin et le soir au bord de la route, afin que le camion de lait puisse facilement les prendre, une opération accompagnée du bruit et du claquement caractéristiques, pour les emporter vers les innombrables petites laiteries. » (p.94).

Le contrôle sur les circuits économiques se déplaça bien loin de la communauté locale. Des facteurs en provenance de l’extérieur, en particulier des découvertes techniques, jouaient désormais un rôle décisif. En outre, le fermier tombait dans la dépendance vis-à-vis des banques. Chez les fermiers de Jorwerd, l’acceptation du crédit amena dans les années soixante un changement de mentalité : « Pour beaucoup, les visites à la banque commencèrent déjà avec le premier tracteur, vers la fin des années cinquante. La plupart des fermiers ne pouvaient absolument pas payer comptant cet engin. Mais on eut besoin de plus en plus d’argent : pour des machines, des étables, pour des installations toujours nouvelles. Et lorsque, à partir de 1975, environ, l’argent de la laiterie, par l’intermédiaire du transporteur de lait, n’arriva plus sur la table de la cuisine (…) la banque prit une grande ampleur dans la vie des fermiers. » (p.95).

Les habitants de Jorwerd s’en remettaient de moins en moins les uns aux autres, mais de plus en plus à des gens extérieurs au village. Ce fut par exemple le cas du forgeron.

Le forgeron de Jorwerd était, comme les nombreux forgerons de village, un généraliste authentique. Il ferrait les chevaux, réparait les gouttières, posait les poêles, et même les réparations générales du tracteur ne lui posaient pas de difficultés particulières. Sur maintes voies ferrées de la Frise, circulaient encore par-ci par-là des Renault 4 réformées, qu’il avait astucieusement transformées en balayeuses des voies. Même sa Harley Davidson transformée en moto-balayeuse fut l’un de ses succès les plus exemplaires. Il aimait la technique de sa propre initiative, et cependant la technique se détacha finalement de lui. » (p.161 et suiv.).

« Chaque forgeron de village pouvait réparer sans problème les outils agraires les plus importants d’une ferme de 1970 : tracteurs, moissonneuses, outillages de traite, épandeurs à fumier et beaucoup d’autres encore. Pour les tracteurs et machines à traire qui apparurent sur le marché après 1970, cela ne valait plus. Elles étaient tellement bourrées d’électronique et de technologies, que seules des personnes jeunes pouvaient encore s’en sortir avec elles. Un forgeron ordinaire de l’ancienne trempe ne pouvait plus s’en tirer. Là aussi, les fermiers se retrouvèrent dans une dépendance toujours plus intense des forces économiques du monde extérieur. » (p.163). « Ainsi disparut à Jorwerd quelque chose qui, pendant des centaines d’années, avait fait corps d’une manière décisive à l’existence du fermier : sa propre économie à lui, à l’intérieur d’une plus grande. Les frontières entre les deux s’évanouirent, la digue de fidélités et de traditions se rompit de plus en plus, et tout d’un coup, le village fut entraîné et balayé comme s’il n’avait jamais existé. » (p.164).

Au moyen d’un contrôle modérateur sur l’économie, aussi bien sur le marché comme sur la production, l’État intervint en régulant – exactement comme le décrit Barber. Pour les fermiers de Jorwerd et ailleurs, l’introduction des contingents de lait fut une intervention extraordinairement couronnée de succès. En 1984, les ministres de l’agriculture européens décidèrent de limiter la production de lait. Chaque fermier ne fut plus autorisé qu’à produire une quantité déterminée. Chaque litre de lait, qui dépassait cette quantité, devait être sanctionné par une amende considérable. Il en ressortit des affaires de spéculation sur les quota de lait. Un fermier, à qui était permis une production de 250 000 litres de lait, obtenait de ce fait une droit de production d’un montant de 450 000 €, qu’il pouvait revendre. Par la suite, il y eut des quotas sur le fumier d’étable. Les éleveurs ne furent plus autorisés à dépasser une certaine quantité de fumier. Le marché spéculatif s’agrandit. Les éleveurs de cochons furent prêts à payer pour avoir le droit d’épandre leur excédent de fumier sur le terrain d’une autre ferme (p.105). Pour l’ensemble des relations sociales, il est très important dans ce contexte, qu’il s’agisse d’interventions qui n’ont pas la moindre influence sur le fermier particulier, mais qui agissent d’une manière décisive sur sa vie et en font de plus en plus une réalité virtuelle. Un fermier a récapitulé les effets de ces manœuvres de la manière suivante : « On n’est plus fermiers, on est producteurs. »

Cette perte, dans le contrôle de sa propre vie, ne fut pas compensée par plus de démocratie. La volonté de la population, de configurer sa propre communauté de vie, ne fut ni reconnue ni honorée. « L’État » veut une tutelle, même si cela est vraiment plus cher: « Alors que les journaux et la politique débordaient d’histoires « d’autonomie » et « d’entraide », la communauté utilisait d’une manière particulièrement rare, les possibilités, que le sens social villageois offrait encore dans la pratique. La plupart des grands changements à Jorwerd – le remblayage du port, la reconstruction – remontaient presque toutes à des suggestions des habitants eux-mêmes. Par la suite, c’est à peine si de telles initiatives se manifestèrent. Ainsi la route vers le champ « Kaat » n’était qu’un gros bourbier, mais un jour, Willem Osinga proposa de la remettre en ordre avec quelques volontaires en une paire de samedis après-midi – il y avait encore quelques pavés disponibles, et la communauté n’eût besoin que de livrer un charretée de sable —, mais cela ne se fit pas de cette façon. Plus tard, la communauté s’en est elle-même acquittée. Coût: trente mille Florins. « Avec cet argent, on aurait pu faire une foule de choses dans le village », bougonna Osinga. » (p.225 et suiv.).

Jos Verhulst et Arjen Nijeboer



Livre de Jos Verhulst et Arjen Nijeboer Démocratie directe, téléchargement gratuit.


Mourir en bonne santé

« Mourir en bonne santé c'est le vœu le plus cher de tout bon vivant bien portant. »
Pierre Dac



J'ai été et je suis encore, je crois, un homme vigoureux avec, mes amis me le disent tous, une grande capacité de résistance et beaucoup d 'énergie. La guerre me l'a à moi-même prouvé et écrivant Au Nom de tous les Miens, revivant les épisodes tragiques et violents que j'avais traversés, je m'étonnais moi-même d'avoir eu assez de force pour survivre. Mes parents m'avaient légué un magnifique « capital-santé » et mon père, les traditions de mon peuple qui m'avaient donné un « capital-énergie psychique ». Chacun de nous possède cet héritage plus ou moins important mais que trop souvent on gaspille. 
Après la guerre, quand j'ai rejoint les États-Unis, j'ai dû à nouveau me lancer dans de dures batailles que j'ai racontées aussi. Ici je veux dire que j'ai senti jour après jour que ma santé, mon énergie psychique s'épuisaient. Je vivais mal dans la grande ville agitée et comme c'est souvent le cas, pour résister à la fatigue, à l'usure nerveuse, je mangeais trop, je buvais trop, sans même réfléchir à ce que j'avalais. Je choisissais les plats les plus épicés, les viandes les plus rouges. J'avais besoin, imaginais-je, d'énergie, de force. Alors les digestions étaient lourdes. Je buvais des excitants pour me réveiller : alcool, café.

Un jour, quand j'ai connu ma femme, j'ai pris conscience de ce gaspillage que j'étais en train d'accomplir. Gaspillage irrémédiable puisque c'était celui de ma santé. Ma femme, elle aussi, était prise dans le même engrenage : vie trop rapide, ville trop dure, repas hâtivement avalés et le travail immédiatement après, nourriture choisie parce que nous croyions qu'elle nous apportait des calories que nous brûlions dans notre course. Quand nous nous sommes connus nous étions l'un et l'autre à ce moment où les jeux se décident. Nous avons eu de la chance. Je suis entré en clinique. J'ai commencé sous surveillance médicale un jeûne de trente-huit jours et j'ai maigri de 17 kilos. Ma femme a, elle aussi, suivi ce même régime. Et, alors que nous ne réussissions pas à avoir d'enfants, elle s'est trouvée rapidement enceinte.

Plus tard, dans ma maison, j'ai vécu avec la préoccupation de donner aux miens un « capital-santé-énergie-psychique » qui serait le plus beau des héritages. J'ai alors beaucoup réfléchi aux problèmes de l'alimentation de l'homme. J'ai lu les ouvrages de l'école hygiéniste américaine du Dr Herbert McGolphin Shelton et je me suis décidé à appliquer une stricte discipline alimentaire. J'ai compris que ce qui compte, ce sont les COMBINAISONS d'aliments au cours d'un repas. J'ai compris que la plupart des maladies sont moins provoquées par des microbes que par les toxines qui sont dans notre corps. Et ces toxines sont souvent le résultat d'une très mauvaise alimentation. Par la suite, après mon drame, j'ai été contraint de partiellement abandonner cette règle de vie.

Je ne veux pas la défendre ici. Elle est trop stricte pour vous — pour moi maintenant — parce que vous travaillez et vivez dans la ville, qu'il est difficile d'adopter un régime parfait auquel je crois, mais dont je sais qu'il est très malaisé de l'appliquer pour des raisons pratiques, financières et sociales. […]

J'ai voulu que vous sachiez que j'ai éprouvé dans ma chair, expérimenté, la suralimentation et le jeûne, que je sais la satisfaction que donne un bon repas, un alcool qui réchauffe. Tout cela paraît procurer la gaieté mais je connais aussi l'agilité de l'esprit, la légèreté, le sentiment de puissance intellectuelle et d'énergie qu'apporte une alimentation contrôlée, la purification de soi que représente un jeûne.

J'ai choisi entre la satisfaction d'une alimentation selon mon goût, selon l'humeur ou la mode et le plaisir vrai, profond, durable d'une alimentation réfléchie. J'en ai tiré profit. Je voudrais que vous partagiez cette expérience. Je voudrais réussir à vous convaincre ou à confirmer vos choix. […]

LE PREMIER PRINCIPE à appliquer est simple en apparence : NE JAMAIS MANGER QUE SI ON A VRAIMENT FAIM. Simple, pensez-vous. Mais réfléchissez : laissez-vous la faim vous prendre, ne consommez-vous des aliments que si elle est présente en vous, joyeuse de savoir qu'elle va être satisfaite ? Le plus souvent, il vous suffit de vous observer, de regarder autour de vous, pour découvrir que manger ne résulte pas seulement de la faim mais de l'habitude, du plaisir qu'il y a à consommer des aliments qui sont préparés, présentés pour exciter votre appétit.

Or, l'appétit n'est pas la faim. La faim — j'en ai connu d'extrêmes — c'est le vrai désir, le vrai besoin. C'est, en soi, une sorte de joie qui est présente dans le corps, une joie naturelle qui sait qu'elle va être satisfaite. L'appétit ce n'est que la bouche satisfaite. Écoutez-moi : je ne veux pas que vous vous disiez : « Mais à quoi bon vivre si peu à peu nos plaisirs disparaissent, s'il faut se refuser le plaisir de l'appétit, de la dégustation d'un mets de qualité. La vie n'est pas faite que de ce qui est seulement nécessaire. Le plaisir, celui de manger, cela compte dans une existence. »

Vous avez raison de penser cela. Il faut simplement que vous ayez conscience que vous devez établir un contrôle sur votre alimentation. N'oubliez pas que dans notre monde tout est tourné vers la vente. On cherche à aiguiser votre appétit, votre soif. On fait naître vos besoins, parfois de faux besoins, pour vous transformer en consommateurs, en acheteurs réguliers.

Ne vous laissez pas transformer en « machine consommatrice ». Ne soyez pas de simples appendices d'une chaîne qui vend et qui ne se préoccupe pas de savoir si ce qu'elle vous force à consommer est bon pour vous.

Prenez du plaisir Mais sachez où est le vrai, le profond, le durable plaisir. Il est dans la simplicité, dans la vérité des aliments. Dans leur combinaison, car notre estomac est comme une usine chimique et certaines associations d'aliments provoquent des réactions favorables ou défavorables à l'organisme. Quel est celui d'entre vous qui sait — et quel médecin le lui a dit ? — qu'associer les féculents et les protéines dans le même repas provoque des toxiques et rend difficile la digestion ?

Ceci dit, sachez vous donner des fêtes, régulièrement, mais ne devenez pas des esclaves d'habitudes alimentaires qui vous sont néfastes. Or, selon les derniers avis médicaux, l'homme occidental mange — quantitativement — de trois à cinq fois plus qu'il n'a besoin. Son corps est surchargé en poids, en calories. Ce corps est transformé en usine d'élimination. Il y a des surplus, des déchets qui peu à peu s'accumulent dans lês artères, qui deviennent des graisses sur le corps et dans le sang.

Comment s'étonner alors de ces nouvelles maladies qui durcissent les artères, qui provoquent des tensions trop élevées ? L'homme soumis à une civilisation brutale qui le force à accélérer les rythmes de sa vie, « consomme », charge de calories sa machine, s'alourdit, cherche dans les plaisirs de la table la fuite et de bien faciles satisfactions.

Car vous savez bien que souvent l'angoisse et l'inquiétude vous poussent à consommer. Manger, boire, être avide : c'est notre façon d'échapper à ce qui nous tourmente. Et cela exprime trop souvent notre « grande peur de manquer », cette terreur qui vient peut-être du fond des âges ; alors nous mangeons. Alors nous croyons avoir faim et ce n'est que de l'appétit. Nous imaginons que la soif nous tenaille et ce n'est que notre habitude de boire un « apéritif ». Combien de mes amis, sans raison aucune, dès qu'ils trouvent un prétexte, se servent une boisson, veulent que, en acceptant de boire avec eux, on leur donne une occasion de boire encore. On parle des drogues dures et on a raison, mais combien d'entre nous qui se « droguent » sans même le savoir : cigarettes, boissons alcoolisées régulièrement consommées et aussi pilules de toutes sortes : somnifères, tranquillisants, aspirine !

Je veux vous aider à retrouver votre équilibre. Et, au fond de vous-même, vous savez bien que vous le pouvez. Il ne faut pas que vous cédiez à la pression des autres, des habitudes. Il faut que vous vous repreniez en main et que vous ayez conscience que votre vie se joue aussi à la façon dont vous mangez. A la manière dont vous associez les aliments dans un même repas. Car vous ne pouvez mêler dans votre estomac, l'eau et le feu.

Ne dites pas : cela est ridicule.

Ne dites pas : mais alors .1a vie n'est plus qu'une suite de continuelles attentions, il faut veiller à chaque instant de son existence, où est le plaisir de vivre ?

Ne dites pas : je préfère faire ce que je désire et tant pis pour les risques.

Réfléchissez. Il faut que vous réussissiez à ajouter de la « vie aux années » et non pas des « années à la vie » comme le disait le Dr Alexis Carrel. Et cela vaut que vous preniez des attentions, que vous soyez conscient des risques que vous courez quand, de façon régulière, vous faites des excès alimentaires. Il faut, c'est le DEUXIEME PRINCIPE, que vous vous leviez de table sans avoir cette impression d'étouffement satisfait que donne le repas surabondant. IL NE FAUT PAS QUE VOUS MANGIEZ A SATIETE, jusqu'à cette lourdeur que certains appellent le plaisir des bons repas et qui est si néfaste pour la santé. Il faut, TROISIEME PRINCIPE, que LE REPAS ne soit pas un moment sans importance, il FAUT QUE VOUS LE PRENIEZ DANS LE CALME. Mieux vaut parfois ne pas manger qu'avaler trop vite des aliments incertains. Il faut, QUATRIEME PRINCIPE, que LA DIGESTION qui exige une immense dépense d'énergie nerveuse SOIT ENTOUREE DE REPOS. Il faut que vous sachiez, CINQUIEME PRINCIPE, SAUTER UN REPAS si vous avez mangé abondamment au repas précédent. Il faut, SIXIEME PRINCIPE, que vous n'oubliiez jamais que l'homme a besoin de FRUITS et de LEGUMES VERTS et, si vous le pouvez, commencez votre journée par une consommation de fruits.


Martin Gray, Les forces de la vie.

« 0+0 = la tête à TOTO »

Les nouvelles mathématiques des mélanges chimiques

Tout indique que l'imprégnation des femmes enceintes par les pesticides est généralisée et qu'elle concerne autant les zones urbaines que les régions rurales. Ainsi une étude réalisée dans les années 2000 en Bretagne (sur une cohorte dite « Pélagie ») a révélé la présence d'un total de 52 molécules dans les urines de 546 femmes enceintes, dont 12 appartenaient à la classe des triazines (comme l'atrazine), 32 à celle des organophosphorés (comme le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-méthyl), 6 à la classe des amides et 2 à celle des carbamates. « Les résidus de pesticides sont généralement multiples, soulignaient les auteurs en 2009 ; et leurs impacts, individuels ou conjoints, sur le fœtus et son développement sont encore incertains dans la littérature épidémiologique. Ils seront évalués prochainement dans la cohorte Pélagie. »

Si la « charge chimique corporelle » des femmes enceintes et des bébés est particulièrement préoccupante, il en est de même pour les enfants, dont le taux d'imprégnation par les pesticides est proportionnellement beaucoup plus élevé que celui des adultes. C'est ce que montrent de nombreuses études (qu'il n'est pas possible de toutes énumérer), comme celle réalisée dans le Minnesota, une région d'agriculture intensive comprenant aussi d'importantes zones urbaines : publiée en 2001, elle a révélé que 93 % des échantillons urinaires prélevés sur 90 enfants ruraux et urbains présentaient un cocktail de résidus d'atrazine, de malathion, de carbaryl et de chlorpyriphos. Comme on l'aura remarqué, le fameux chlorpyriphos revient avec la régularité d'une pendule dans tous les études de biomonitoring : d'après le deuxième rapport du CDC, il est l'un des pesticides dont le taux de résidus dépasse régulièrement les normes autorisées, particulièrement chez les enfants testés. Dans un document qui commente les résultats de ce rapport, Pesticides Action Network (PAN) souligne que « s'il y a quelqu'un qui est responsable de la présence du chlorpyriphos dans nos organismes, c'est bien Dow Chemical, qui a développé et commercialisé en premier le pesticide [...] et continue de le produire et de le promouvoir aux États-Unis et internationalement, malgré des preuves solides qu'il a un impact significatif sur la santé publique ». Et l'association d'en appeler à la « mise en cause des firmes chimiques » qui polluent nos organismes à travers nos assiettes, et mettent particulièrement en danger la santé de nos enfants.

Si l'on en croit les résultats d'une étude publiée en décembre 2010 par Générations futures (l'ex-MRDGF), les responsables potentiels sont nombreux . L'association a en effet fait analyser l'alimentation quotidienne d'un enfant d'une dizaine d'années, comprenant trois repas types qui suivent les recommandations officielles — cinq fruits et légumes frais, trois produits laitiers et 1,5 litre d'eau par jour — et un encas (avec des friandises). Ainsi que l'écrit Le Monde.fr, « le bilan est accablant » : « Cent vingt-huit résidus, quatre-vingt-une substances chimiques, dont quarante-deux sont classées cancérigènes possibles ou probables et cinq substances classées cancérigènes certaines ainsi que trente-sept substances susceptibles d'agir comme perturbateurs endocriniens (PE). [...] Pour le petit déjeuner, le beurre et le thé au lait contiennent à eux seuls plus d'une dizaine de résidus cancérigènes possibles et trois avérés comme des cancérigènes certains, ainsi que près d'une vingtaine de résidus susceptibles de perturber le système hormonal. Le steak haché, le thon en boîte, et même la baguette de pain et le chewing-gum, étaient truffés de pesticides et autres substances chimiques. Dans l'eau du robinet, les analyses ont révélé la présence de nitrates et de chloroforme. Mais c'est le steak de saumon prévu pour le dîner qui s'est révélé le plus "riche", avec trente-quatre résidus chimiques détectés. »

Ainsi que l'a expliqué François Veillerette, le fondateur de Générations futures, au quotidien du soir, « les effets de synergie probables induits par l'ingestion de tels cocktails contaminants ne sont pas pris en compte et le risque final pour le consommateur est probablement très sous-estimé. Actuellement, nous ne savons à peu près rien de l'impact des cocktails chimiques ingérés par voie alimentaire ».

Les « nouvelles mathématiques des mélanges : 0 + 0 + 0 = 60 »

« Je pense que nous avons été extrêmement naïfs dans nos études et système de réglementation en ne nous intéressant qu'à un seul produit chimique à la fois, alors qu'aucun d'entre nous n'est exposé à une seule substance, m'a dit Linda Birnbaum lorsque je l'ai rencontrée dans son bureau du NIEHS. Je pense que nous sommes passés ainsi complètement à côté d'effets qui peuvent se produire. C'est particulièrement vrai pour les hormones naturelles et synthétiques. C'est pourquoi le défi que nous devons maintenant relever, c'est de comprendre et évaluer les effets que peuvent provoquer les mixtures chimiques dans lesquelles nous vivons. Mais, malheureusement, il y a très peu de laboratoires qui travaillent là-dessus... »

Une fois n'est pas coutume, les laboratoires qui font référence dans le domaine de la toxicologie des mélanges chimiques sont européens, en l'occurrence danois et britannique. Le premier est dirigé par Ulla Flass, une toxicologue qui travaille à l'Institut danois de la recherche alimentaire et vétérinaire, situé à Soborg, dans la banlieue de Copenhague. Je l'ai rencontrée un jour enneigé de janvier 2010. Avant de commencer notre entretien, elle m'a fait visiter sa « ménagerie », une pièce d'un blanc clinique où sont installées les cages des rats wistar qu'elle utilise pour ses expériences. Grâce au soutien de l'Union européenne et en collaboration avec le centre de toxicologie de l'université de Londres, elle a conduit une série d'études visant à tester les effets des mélanges de substances chimiques ayant une action antiandrogène sur des rats mâles exposés in utero. Dans la première d'entre elles, le cocktail comprenait deux fongicides, la vinclozoline et le procymidone, et la flutamide, un médicament prescrit pour traiter le cancer de la prostate.

« Qu'est-ce qu'un antiandrogène ? ai-je demandé à la toxicologue danoise.

C'est une substance chimique qui affecte l'action des androgènes, c'est-à-dire des hormones masculines comme la testostérone, m'a-t-elle répondu. Or, les hormones masculines sont capitales pour la différenciation sexuelle qui, chez les humains, a lieu à la septième semaine de grossesse. Ce sont elles qui permettent au modèle de base, qui est féminin, de se développer en un organisme masculin. Donc, les antiandrogènes peuvent faire dérailler le processus et empêcher le mâle de se développer correctement.

Comment avez-vous procédé pour votre étude ?

Nous avons d'abord observé les effets de chaque molécule séparément en essayant de trouver, pour chacune d'elles, une dose très basse qui ne provoquait aucun effet. Je vous rappelle que notre objectif était de mesurer l'effet potentiel des mélanges, il était donc particulièrement intéressant de voir si trois molécules qui individuellement n'avaient pas d'effet pouvaient en avoir une fois mélangées. Et ce fut exactement les résultats que nous avons obtenus. Prenons, par exemple, ce que nous appelons la "distance anogénitale", qui mesure la distance entre l'anus et les parties génitales de l'animal. Elle est deux fois plus longue chez le mâle que chez la femelle, et c'est précisément dû au rôle des androgènes pendant le développement fœtal. Si elle est plus courte chez les mâles, c'est un indicateur de l'hypospadias, une malformation congénitale grave des organes de reproduction masculins. Quand nous avons testé chaque produit séparément, nous n'avons constaté aucun effet, ni aucune malformation. Mais, quand nous avons exposé les fœtus mâles à un mélange des trois substances, nous avons observé que 60 % d'entre eux développaient plus tard un hypospadias, ainsi que des malformations graves de leurs organes sexuels. Parmi les malformations que nous avons observées, il y avait notamment la présence d'une ouverture vaginale chez certains mâles qui avaient, par ailleurs, des testicules. En fait, ils étaient sexuellement dans l'entre-deux-sexes, comme des hermaphrodites. »

Et la toxicologue de conclure par cette phrase que je n'oublierai jamais : « Nous devons apprendre de nouvelles mathématiques quand nous travaillons sur la toxicologie des mélanges, parce que ce que disent nos résultats, c'est que 0 + 0 + 0 fait 60 % de malformations...

Comment est-ce possible ?

En fait, nous assistons à un double phénomène : les effets s'additionnent et ils entrent en synergie pour décupler, m'a expliqué Ulla Hass.

C'est effrayant ce que vous dites, surtout quand on sait que chaque Européen a ce que l'on appelle une "charge chimique corporelle" ! Ce que vous avez observé chez les rats pourrait-il aussi se produire dans nos organismes ?

En fait, le gros problème, c'est que nous n'en savons rien, a soupiré Ulla Hass, qui a alors fait la même remarque que son collègue Tyrone Hayes. Il est très difficile de comprendre pourquoi cela n'a pas été pris en compte plus tôt. Quand vous allez à la pharmacie pour acheter un médicament, il est écrit sur le mode d'emploi qu'il faut faire attention si vous prenez d'autres médicaments, car il peut y avoir une combinaison d'effets. C'est pourquoi il n'est pas surprenant que l'on ait le même phénomène avec des polluants chimiques.

Pensez-vous que les toxicologues doivent complètement revoir leur manière de fonctionner ?

Il est clair que pour pouvoir évaluer la toxicité des mélanges chimiques, et tout particulièrement celle des perturbateurs endocriniens, il faut sortir du modèle qu'on nous a enseigné, qui veut qu'a une faible dose on ait un petit effet et à une forte dose un gros effet, avec une courbe linéaire dose-effet. C'est un modèle simple et rassurant, mais qui, pour de nombreuses molécules chimiques, ne sert à rien. En revanche, il faudrait développer des outils comme ceux mis en place par le laboratoire d'Andreas Kortenkamp, à Londres, avec qui mon laboratoire collabore. Après avoir entré toutes les caractéristiques chimiques des trois substances que nous avons testées dans un système informatique, il a pu prédire, grâce à un logiciel spécifique, quels allaient être les effets de l'addition et de la synergie des molécules. C'est une piste très intéressante pour l'avenir... »

Marie-Monique Robin, Notre poison quotidien.

Les bûches de Noël

« Il faut qu'il y ait une bûche sur la table le soir de Noël. Une messe à minuit, même si l'on n'est pas croyant. Des souliers au pied de l'arbre même si l'on n'a pas d'enfant. Des cadeaux, même un seul bonbon si l'on n'a pas d'argent. »

Jean-Pierre Coffe

Trop souvent, il serait préférable de les avoir sur le pied, plutôt que sur l'estomac. Je parle évidemment du gâteau, même si la bûche de Noël en question, toute lourde et indigeste qu'elle soit, surtout après un repas particulièrement calorique, est la transposition pâtissière de la bûche de bois qui flambait avec tout un cérémonial dans les âtres de nos ancêtres, la nuit de Noël.

Qu'on l'appelle « Sonco » en Auvergne, « Queuche » en Lorraine, « Tronche » ou « Trugho » en Gascogne, ou encore « Cosse de Nau » dans le Berry, elle est toujours énorme : plusieurs hommes sont nécessaires pour la mettre en place dans la cheminée, au moment où l'on sonne l'élévation de la messe de Noël.

Elle doit provenir d'un chêne vierge de tout élagage, abattu à minuit, quelques jours avant Noël. On la décore de lierre et on l'asperge de vin et d'eau bénite, avant que le maître de maison ne l'enflamme. En Provence, on choisit plutôt le tronc d'un arbre fruitier, mais le cérémonial est comparable.

La bûche doit flamber au moins pendant toute la nuit de Noël, pour « réchauffer l'enfant Jésus ». Au mieux, elle dure trois jours. Les femmes déposent de petits cadeaux dessus ou dessous les extrémités de la bûche ; les enfants qui n'auront pas été autorisés à assister à la messe de minuit les découvriront au matin. On en conserve les cendres d'une année à l'autre, sous le lit du maître de maison : chaque fois que le tonnerre se manifeste, une poignée de ces cendres jetées dans la cheminée est censée éloigner la foudre de la maison.

Ces troncs d'arbre qui flambent ont pour mission d'éloigner les mauvais esprits, car Noël correspond depuis la plus haute Antiquité à la fête des Morts. De nombreuses croyances dans nos campagnes sont attachées à cette nuit de Noël. Les animaux se mettraient à parler, les menhirs bretons s'en iraient à la mer, etc.

Jusqu'à la guerre de 1914-1918, avant que ne se répande le chauffage à vapeur, fourni par une chaudière à bois ou à charbon, ou électrique, la tradition des bûches était bien vivante. A Noël, on allumait de grands bûchers sur les places publiques, des sortes de feux de joie autour desquels on dansait et on chantait. Les brandons du foyer servaient de flambeaux : ils éclairaient l'église, ou encore le chemin pour aller et revenir de la messe, en procession. Ces torches servaient aussi à allumer la bûche de Noël dans la cheminée.

De même que les cheminées, les bûches ont disparu de nos appartements. Il semble évident que la bûche pâtissière a remplacé avantageusement (surtout pour le tiroir-caisse desdits pâtissiers) la bûche en bois de nos traditions. Elle les prolonge, comme la flamme accompagnait les « soupers gras » de la nuit de Noël.

Les pâtisseries de Noël ont toujours existé, mais pas sous cette forme. Il s'agissait de brioches, au centre desquelles brûlait une sorte de bougie, ou de « corna-bœufs » — hommage au bœuf de la crèche —, ancêtres de nos croissants par la forme, et destinées à l'origine aux mendiants. En principe, les gâteaux traditionnels de Noël devaient être nourrissants et volumineux, pour restaurer de nombreux convives.

Les bûches de Noël actuelles se sont bien inspirées de ces gâteaux traditionnels, nutritifs et substantiels. Il en existe plusieurs catégories. Peu sont satisfaisantes, surtout sur le plan de la légèreté. Si l'on souhaite malgré tout arroser sa nuit de Noël de bicarbonate de soude, autant choisir la bûche d'un bon pâtissier, celui qui aura utilisé des ingrédients de toute première qualité.

Pour faire une bûche, il faut d'abord une génoise en feuille, ou mieux un biscuit plat, qu'on peut agrémenter avec de la poudre de noisette ou d'amande. La génoise est une pâte à cuire à base de sucre, de farine, de beurre et d'œufs. En revanche, le biscuit se dispense de beurre.

Avant d'étaler une ganache ou une crème au beurre sur la génoise, on l'imbibe, au choix avec un sirop, ou avec de l'alcool. La ganache est une crème fraîche bouillie, dans laquelle on fait fondre du chocolat. Mieux vaut donc que le chocolat soit bon : la qualité du chocolat n'améliorera certes pas la légèreté de la préparation, mais au moins le goût en sera incomparable.

Une fois la ganache étendue, on roule le biscuit, puis on décore le dessus avec le reste de la ganache, agrémenté de sujets en meringue ou en chocolat. Si l'idée vous venait de la faire vous-même, sachez que les ongles tachés de chocolat se nettoient très bien avec du jus de citron.

Certains pâtissiers ou boulangers peu scrupuleux congèlent leurs fabrications, et se gardent bien de prévenir leur clientèle, bien qu'il y soient contraints par la législation. Les « bons » n'usent pas de cette pratique.

On trouve généralement ce qu'on appelle pudiquement la « bûche pâtissière » dans le rayon « frais » des grandes surfaces, mais certains boulangers ne rechignent pas à la proposer, parfois même sous le label « maison ». Elle est industrielle et fraîche, c'est-à-dire non congelée.

Elle reprend à peu de chose près la recette artisanale, mais elle est fabriquée en grande quantité, ce qui réduit son coût d'environ 30%. Les matières grasses sont remplacées par des graisses végétales, pour faire baisser les prix. Elles sont fabriquées sous trois formats : 25, 35 et 50 centimètres de long. On les parfume au café, au chocolat, à la noisette, etc. Le modèle dit « géant », plus long, plus grand, plus gros, a ses adeptes.

Ces industriels, qui préféreraient qu'on les appelle des « semi-artisans », ont inventé une variante bien pratique de la bûche traditionnelle, la « bavaroise ». La génoise est garnie d'une mousse à 33% de matières grasses. Elle serait plus légère, et sa congélation plus aisée : sa fabrication peut donc s'effectuer un mois et demi à l'avance.

Les bûches industrielles longue conservation relèvent du domaine des biscottiers-biscuitiers. Ce sont des produits bas de gamme, destinés essentiellement aux grandes surfaces. Ils utilisent la panoplie habituelle des conservateurs, et les crèmes sont pasteurisées. L'emballage fait tout : le « packaging » attire plus que le gâteau.

L'imagination n'ayant pas de limites en la matière, on diversifie le produit. Mais si les parfums varient, la forme reste la même. Les centrales d'achat des grandes surfaces préparent la « collection » de bûches dès juillet-août. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les fabrications commencent tôt !

Ces centrales d'achat ont encore mis au point une bûche « tranchée », comme ils disent, c'est-à-dire une superposition de biscuit et de crème, à laquelle on donne la forme d'une bûche. La « tranchée » représente 54% d'un marché évalué à 5 millions d'unités, et qui augmente de 3% par an. Les amateurs de ce type de produits les préfèrent parfumés au chocolat, pour presque la moitié d'entre eux : ils s'en repaissent au point d'avaler entre huit à dix parts de bûche par foyer ! (Une famille type compte trois à quatre personnes par foyer.)

La population reproche régulièrement à la bûche de Noël sa lourdeur, surtout à la fin d'un repas déjà copieux. Mais malgré un déclin sensible depuis un an ou deux, la majorité des Français ne renoncent pas à la bûche. La tradition l'emporte toujours sur la gastronomie. La bûche de Noël est typiquement française, et entend le rester !

A l'initiative de Gervais — le roi de l'entracte —, apparaît sur le marché un outsider : la bûche glacée. A l'inverse de ce qui se produit habituellement, l'industrie a été rapidement imitée par tous les glaciers-chocolatiers-pâtissiers, petits industriels ou artisans.

Dans les années 70, la glace industrielle était une production de masse. Depuis, de gros efforts dans la recherche ont été accomplis pour une plus grande qualité, qui n'est souvent pas loin d'égaler l'artisanat. On a mis au point le « battage régulier » de la crème glacée, un mélange de lait, de sucres, de beurre ou de crème fraîche, et d'arômes. Ce système permet d'y introduire de l'air, et d'obtenir de fins cristaux. On appelle cette opération le « foisonnement ». Il existe aussi des normes et des contrôles assez stricts sur les quantités minimales d'ingrédients et de foisonnement.

Le marché de la bûche glacée se développe, au rythme de 10 à 20% par an, au point qu'il se consomme maintenant plus de glace en hiver qu'en été. Il y a quelques années, l'écart entre l'hiver et l'été était de l à 8. […]

On assiste à une guerre sans merci entre les tenants de la tradition et ceux de la bûche glacée. Qui gagnera ?

Peu importe. Il faut qu'il y ait une bûche sur la table le soir de Noël. Une messe à minuit, même si l'on n'est pas croyant. Des souliers au pied de l'arbre même si l'on n'a pas d'enfant. Des cadeaux, même un seul bonbon si l'on n'a pas d'argent.

Soyons vigilants avec les traditions, ce sont les racines de notre culture, de notre identité. Les laisser disparaître, même une seule, c'est un peu perdre son âme.

Jean-Pierre Coffe, Le vrai vivre.

Accidents de chasse

Ils ne massacrent pas que la faune

Dimanche 9 janvier 2011, vers 16 h 30, Francis Collet conduit son fourgon sur l'autoroute A31, en Côte-d'Or. Il rentre avec les quatre autres membres de son groupe de rock, Ashtones, après avoir donné un concert à Marseille. Alors que la camionnette longe un bois, en bord d'autoroute, il reçoit une balle en pleine tête. Plus jamais il ne jouera de guitare.

Dimanche 23 décembre 2007, un jeune couple trouve un coin romantique dans la forêt d'Andelot (Haute-Marne) et s'enlace tendrement. Mais le jeune homme meurt foudroyé d'une balle dans la tête. Une balle destinée à un renard, qui met un terme tragique à une belle histoire d'amour.

Le dimanche 26 octobre 2008, Fabio Butali s'adonne à son loisir préféré, le VTT, sur la commune de Lagorce en Ardèche. Mais il ne termine pas sa randonnée. Un chasseur participait à une battue au sanglier à proximité... La vie de Fabio s'arrête net, une balle dans le dos. Il a vingt-quatre ans. Dans cette même commune, quelques années plus tôt, un autre accident de chasse mortel avait eu lieu. Dans le même temps, nos députés légifèrent à nouveau sur la chasse. Et abandonnent aux chasseurs les règles de sécurités de la chasse...

Ce ne sont que quelques exemples. Chaque année en France, la chasse provoque plusieurs dizaines d'accidents, dont un nombre bien trop élevé s'avère être mortel (sans compter les meurtres dus à la possession d'une arme de chasse, dont les faits-divers regorgent). La chasse est un loisir exclusif qui ne laisse pas de place aux autres usagers de la nature. Cette source d'insécurité permanente se pratique avec des armes à feu puissantes, capables d'atteindre plusieurs centaines de mètres, voire deux kilomètres pour certaines carabines, dans des espaces ouverts à tous. Les instances de la chasse ont tendance à minimiser ces chiffres, de crainte de se faire de la mauvaise publicité.

Les chasseurs à l'origine de tels accidents ne sont que très légèrement sanctionnés par la justice, démunie de textes réglementaires. On assiste parfois à des situations totalement scandaleuses, tel ce danger public qui tua un de ses compagnons de chasse le 25 novembre 2006 à Besse-sur-Issole dans le Var. L'auteur du coup de feu mortel n'en n'était pas à son premier homicide. En 1985, le récidiviste avait tué de trois coups de chevrotine un adolescent de quatorze ans. Âgé de quarante et un ans à l'époque, ce chasseur n'avait alors été condamné qu'à dix-huit mois de prison avec sursis et cinq années de retrait du permis de chasser...

Les chasseurs représentent seulement 1,9 % de la population, mais ils s'approprient la nature tous les jours de la semaine pendant plus de six mois de l'année, au détriment des 98 % restants. Ce n'est pas seulement une activité dangereuse pour ses pratiquants, elle l'est également pour les simples usagers de la nature : promeneurs, vététistes, cavaliers, cueilleurs de champignons, naturalistes, kayakistes... Certains parlementaires ne trouvent pas cela normal, tel Jean-Louis Léonard, député de Charente-Maritime qui s'exprimait sur le sujet lors du débat de la loi sur les affaires rurales en septembre 2004 : « Nous rencontrons sur nos territoires [de chasse] des gens, des promeneurs et ramasseurs de champignons, qui n'ont rien à y faire ! » Comment voulez-vous ensuite que les porteurs de fusil ne se sentent pas chez eux partout ?

Les mesures existantes (signalisation, gilets fluorescents), toujours pas obligatoires dans tous les départements, ne sont destinées qu'aux chasseurs, et ne suffisent pas à leur garantir une sécurité fiable. Pire, il n'y a toujours aucune véritable mesure pour celle des non-chasseurs qui souhaitent, eux aussi, profiter de la nature.

Les pouvoirs publics ont fait des efforts sur la sécurité routière et le respect du droit, et cela contraste étrangement avec le laxisme accordé aux chasseurs. En 2000, la loi chasse imposait un jour de non-chasse : le mercredi. Ce ne fut pas au goût du lobby qui, en 2003, obtint de Roselyne Bachelot qu'elle supprime cette mesure. Le comble : la fixation d'un ou plusieurs jours de non-chasse dépend de l'appréciation du préfet de chaque département, qui ne peut y recourir que pour des motifs de protection... du gibier ! Les autres usagers de la nature n'ont absolument aucun droit de cité législatif ou réglementaire face à la chasse.

Aucune loi ni règlement n'encadre le problème de l'insécurité lié à la chasse. La loi chasse 2000 avait prévu qu'un décret ministériel soit pris pour préciser ces indispensables mesures. Il ne fut jamais pris. La loi chasse Poniatowski a, elle, supprimé purement et simplement cet article de loi. La sécurité liée à la chasse est laissée à la libre appréciation des fédérations départementales de chasse. Un peu comme si la sécurité routière était laissée aux automobile-clubs ou aux routiers. Et de façon départementale, en plus. Engendrant encore plus de confusions dans un dossier qui n'en manque déjà pas.

Au printemps 2011, j'ai abordé ce sujet très important avec Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie. Elle est tout à fait consciente de cette situation complètement surréaliste. Dans sa circulaire aux préfets du 18 février 2011 relative au renouvellement des schémas départementaux de gestion cynégétique, elle indique: « Depuis que la loi du 31 décembre 2008 a abrogé l'article L. 424-16 du code de l'environnement, qui prévoyait qu'un décret en Conseil d'État précise les règles de sécurité applicables en action de chasse, les mesures de sécurité relatives à la chasse sont essentiellement celles prévues par les schémas départementaux de gestion cynégétique. [qui sont rédigé par les fédérations départementales des chasseurs et seulement validé par les préfets] S'agissant d'une question intéressant l'ordre public, vous veillerez à ce que le dispositif prévu dans le schéma soit suffisant pour réduire le risque résiduel à un niveau très bas. » C'est là tout ce que les lois pro-chasse votées par les députés sous influence permettent à une ministre de faire sur un point de sécurité publique !

Les associations locales de chasseurs peuvent ensuite déci-der de limiter les jours de chasse sur leur territoire, à leur libre appréciation. Cela entraîne une disparité au sein des départements, voire au sein des communes lorsque celles-ci regroupent plusieurs sociétés de chasse. Imaginez alors la complexité, pour un randonneur, un cavalier ou un vététiste lambda, en recherche de jour de non-chasse, lorsque son itinéraire parcourt plusieurs communes.

Pour exemple, en Drôme il y a : 361 ACCA, 460 chasses privées et une centaine de baux domaniaux. Soit quelque 921 cas possibles ! De plus, pendant d'éventuels « jours de non-chasse », certaines chasses peuvent néanmoins être autorisées (battues administratives par exemple). Dans une pareille situation, même l'administration départementale est incapable de fournir une liste ou une carte des jours sans chasse sur le département de sa responsabilité !

Les accidents ont lieu majoritairement le dimanche, jour traditionnellement réservé à de nombreux loisirs de plein air, individuels ou familiaux. La marche à pied, la randonnée équestre ou le VTT n'ont jamais eu autant d'adeptes, sans compter la forte croissance du tourisme « vert ». Or, on compte aujourd'hui environ cinq millions de randonneurs en France qui pratiquent la marche au moins une fois par semaine. Si l'on compte aussi les promeneurs du dimanche, on estime que le nombre des marcheurs s'élève à environ quinze millions. Un chiffre qui place la randonnée pédestre au premier rang des pratiques sportives nationales.

De plus en plus d'associations rejoignent l'ASPAS, qui mène ce combat depuis longtemps, pour demander que dans le cadre de la sécurité des non-chasseurs, la loi soit modifiée et que soit instauré au minimum le dimanche sans chasse. C'est aujourd'hui la seule mesure susceptible de garantir la sécurité et la tranquillité de tous les citoyens qui fréquentent la nature. La seule mesure qui fera décroître de façon importante le nombre d'accidents de chasse. L'arrêt de la chasse le dimanche a fait l'objet d'une pétition portée par l'ASPAS. Signée par plus de 250 000 personnes, elle a été remise à Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Écologie en février 2010. Mais depuis, rien n'a changé. Une nouvelle loi a été votée en 2011, et une fois encore, ce sujet a été très soigneusement évité.

Combien faudra-t-il de morts et de blessés pour qu'enfin la France s'aligne sur ce qui se fait dans les autres pays européens? L'exception cynégétique française doit prendre fin, pas uniquement pour la préservation de la faune sauvage, mais également dans le cadre du respect de nos libertés individuelles. 

Le grand bêtisier des chasseurs coûte très cher

Les tirs en direction de personnes ou d'habitations sont légion. Tel cet habitant de Saint-Bonnet-de-Rochefort (Allier) qui regardait tranquillement la télévision, en ce 1er novembre 2009, jours de la Toussaint. Une balle de chasse passe à quelques centimètres de sa tête et va se ficher dans un mur du salon !

Le coup de fusil a été tiré par un chasseur participant à une battue au sanglier à plus d'un kilomètre de là. Poursuivi pour « mise en danger d'autrui par une violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de sécurité ou de prudence »son avocat déclarera : « Il faut l'intention, argumente Me Deschamps, pour sa défense: la volonté de mal tirer en sachant qu'en tirant mal il expose autrui à une blessure. Il y avait une butte en face de lui et il ne voyait pas la maison. Il aurait dû savoir que sa balle aboutirait 1 200 mètres plus loin ? [...] Dans cette affaire, l'accusation a réagi de manière épidermique. Il fallait rassurer le public ! II y a eu des saisies en veux-tu en voilà, on a dépêché l'identité judiciaire. On a cherché même s'il n'y a eu aucune infraction de chasse. Il n'y a pas eu d'imprudence : c'est un hasard des plus purs ». Le procureur demandera: « Saviez-vous qu'il y avait des habitations à cet endroit ? Oui, vous le saviez. Vous avez pris un risque et les chasseurs qui étaient avec vous ont aussi pris un risque. » Il est finalement requis une amende de 1 500 euros, cinq ans de mise à l'épreuve, la suspension du permis de chasser pour six mois et la confiscation de l'arme.

Le 30 janvier 2011, l'ancien président de l'ACCA de Laurac-en-Vivarais participe à une battue. Lorsque le sanglier traverse un chemin, il tire. Un peu vite. La balle fracasse la baie vitrée de la maison toute proche. Aux gendarmes venus mener l'enquête il déclare : « C'est à ce moment-là que j'ai tiré et occulté la maison. » La maison en question se trouvait à 110 mètres du tireur.

Le 4 octobre 2007, c'est un jeune étudiant de Carmejane qui a eu très chaud dans sa résidence étudiante : « Si le jeune homme avait été assis à son plan de travail, devant la fenêtre, il aurait été touché. Peut-être tué ! » Tous ceux qui se sont rendus dans le studio qu'Adrien Peyron occupe au N° 8 de la résidence d'étudiants du Chaffaut sont unanimes : le jeune homme, un étudiant de 20 ans sans problème, a vraiment eu de la chance. Celle notamment d'être absent au moment où la balle d'un fusil de chasse - vraisemblablement de calibre 12 - a perforé le volet, traversé la fenêtre à double vitrage, avant de ricocher sur un mur et de s'encastrer dans une cloison en placoplâtre.

Beaucoup de chance également pour cette famille de Mane (Ariège). Le couple et leurs enfants prennent leur petit-déjeuner lorsqu'une balle perfore la fenêtre d'un trou de 4 cm de diamètre avant de se loger de l'autre côté de la maison. Elle traverse la cuisine, le couloir et une chambre avant de se ficher dans le mur, où les gendarmes la retrouveront. Au passage elle ricoche sur le réfrigérateur et éclate une porte. Andrée Galland, la mère de famille, déclare à La Dépêche: « Mes enfants sont encore sous le choc. La balle aurait pu tuer l'un d'entre nous. On était quatre dans la cuisine. Nous avons appelé la gendarmerie. Mon époux qui se trouvait à côté de la porte de la cuisine a été touché par le bois. Il n'a pas été blessé mais on a évité une catastrophe. Il y a une paire d'arbres qui cache la maison. Mais le chasseur a tiré en direction de l'habitation. Pourtant, ici tout le monde sait que le quartier est habité. Dans cette zone il n'y a pas de gros gibier mais des faisans. Il se peut qu'il en ait délogé un et qu'il ait tiré. »

Le président de la société de chasse venu « réconforter » la famille déclarera : « Il est possible que le chasseur se soit trompé de cartouche. Il devait se situer à 200-250 mètres de la maison au moins et comptait sans doute tirer avec du plomb. » Ce qui est loin d'être réconfortant...

Les animaux domestiques sont également souvent les victimes d'accidents de chasse. Parfois à proximité des habitations, comme ce qui est arrivé dans la commune d'Attignat-Oncin en Savoie. Le 24 septembre 2008, à onze heures, alors que Lisa, charmante petite fille de douze ans allait donner à manger à son cochon et arrivait à proximité de son enclos, un coup de feu retentit et le porc s'effondra. Le chasseur déclarera « avoir vu descendre une masse et avoir tiré », mais sans visibilité. Il n'avait pas remarqué le grillage de l'enclos situé derrière une haie. Le tireur était bien au-delà des 150 mètres de distance de sécurité en place dans les communes à ACCA. La maman de la jeune fille déclarera : « J'ai cru que c'était sur ma fille qu'on avait tiré. Deux détonations en direction de la maison, je l'avais envoyée porter la pâtée et elle avait tardé un peu... Sinon, elle aurait été, elle aussi, dans l'enclos. C'est tragique, un mercredi ! On n'ose plus rien faire, ni aller aux champignons, ni se promener. Dimanche prochain, on s'en va prendre l'air, les enfants n'osent plus sortir de la maison. »
La chasse à courre a aussi son lot de débordement. Tel ce cerf qui sera abattu sous les yeux de six patients et de leurs soignants dans le parc de l'hôpital psychiatrique de Prémontré (Aisne) en lisière de forêt de St Gobain. Traqué par les chasseurs et leur meute de chiens, le cerf est sorti de la forêt est a trouvé refuge, pour peu de temps, dans le parc de cet hôpital. Cela n'a pas été du goût des veneurs, qui ont tout de même tenu à tuer l'animal qui leur échappait. C'est au fusil, et devant les usagers de l'hôpital que sa mise à mort a été sommée.

Le personnel de l'hôpital n'a pas de mots assez durs pour dénoncer cet abus de pouvoir cynégétique, alors qu'ils avaient interdit aux chasseurs de tuer cet animal sur le domaine de l'hôpital. Extrait du Courrier Picard du 7 janvier 2010: « Nous étions avec nos patients », se souvient Servane Chatelain, éducatrice stagiaire, arrivée depuis lundi à Prémontré. Elle était dehors, sur le chemin qui borde la forêt avec six patients et son collègue éducateur. Ce dernier « voulait me montrer où les patients travaillaient », en précisant que ce travail consiste à s'occuper et à soigner des animaux. « Nous avons entendu des chiens aboyer. Nous avons attendu puis vu le cerf descendre sur le talus et les chiens lui courir après. »

Tout cela se déroule sur le domaine de l'hôpital, selon Jean-Marc Oliviero, qui montre les piquets délimitant le domaine de l'ONF et celui de l'hôpital. Après les animaux, des cavaliers sont arrivés. S'ensuit une confrontation entre les soignants, qui demandent aux cavaliers de laisser l'animal en paix et les chasseurs qui souhaitent en finir. Le tout dans « un climat de tension », selon les deux soignants.

« Je n'ai pu qu'entendre le coup de fusil car il fallait s'occuper des patients », continue la jeune femme. Son collègue parle d'une diversion des chasseurs pour que l'un d'eux puisse abattre l'animal, toujours sur le talus et donc sur le domaine hospitalier. Le cervidé s'écroulera finalement au pied de la laiterie. « Celui qui a tiré était sur la route à côté des appartements thérapeutiques », conclut la jeune femme.

« J'ai fait un rapport à la direction », renchérit Jean-Marc Oliviero. « J'étais en colère », affirme pour sa part Jean-Luc Cousinat, directeur adjoint de l'établissement de santé qui a voulu porter plainte à la gendarmerie. Aujourd'hui, il doit recevoir le veneur, responsable de cette mise à mort. « Je ne vais pas me laisser intimider. Il faut s'arrêter à temps. Nos patients sont des gens fragilisés, qui sont beaucoup dans l'affectif », insiste-t-il. S'il attend des excuses, il exige surtout que cela ne se reproduise plus ».

On ne compte plus le nombre de chasses à courre qui finissent au cœur des villages. Et, plus exceptionnellement certes, à l'intérieur de maison d'habitation comme ce qui est arrivé à Larroque (Tarn) où un cerf a été abattu dans la cuisine, en présence de la famille.

Le 3 novembre 2007, alors qu'elle venait de finir de manger, une famille résidant tout près de la forêt de Grésigne vit un cerf arriver sur la propriété familiale. Il était pourchassé par une meute d'une quarantaine de chiens et un cortège de veneurs en goguette. Le cerf pris de panique rentra dans la maison en fracassant la baie vitrée. Suivi par la meute de chiens et... le maître d'équipage. Les propriétaires des lieux raconteront comment la famille a vécu cela au journal La Dépêche du 4 novembre 2007: « Une scène d'horreur. Nous savions que c'était une chasse à courre. Ce n'est pas la première fois que cela arrive ici », raconte Pierre, très ému. « Cela faisait plusieurs minutes que les aboiements se rapprochaient, jusqu'à ce que le cerf soit autour de la maison. Les enfants étaient effrayés. Nous ne savions pas quoi faire, c'était la panique complète. Puis le cerf est rentré, et tous les chiens avec lui. On est sortis, les enfants n'étaient plus là. C'était une scène d'horreur [...] Dehors, deux membres de la chasse à courre en question attendent en costume traditionnel, le cor autour du cou, et le cheval à côté. Jacques, un des deux chasseurs, membre de l'association qui organisait l'événement, explique que "les suiveurs étaient venus rattraper les chiens, mais cela ne se fait pas en claquant des doigts. D'habitude nous essayons de ne pas sortir de la forêt". Patricia s'est approchée. Énervée, elle leur lance cette question : "Que faisiez-vous ici, avec 40 chiens, sur notre propriété ?" "- Il s'est passé quelque chose qui n'aurait pas dû arriver, c'est catastrophique", répond Jacques. "On ne devrait pas vous laisser chasser, vous jouez avec un boulet de canon que vous ne maîtrisez pas", lui rétorque-t-elle.

"Déposez-vous une plainte ?", demande un gendarme à Patricia. "Oui, pour violation de propriété privée et pour mise en danger volontaire de la vie d'autrui", lui répond-elle. Cette plainte ne sera pas la première dans ce secteur. Par deux fois déjà, des événements similaires se sont produits. Mais les plaintes sont restées sans suite, au grand dam de la population. Une responsable de l'amicale de chasse de Larroque, présente sur place, explique que "la chasse à courre sur ce secteur doit suivre un protocole très sévère. Il n'est jamais respecté", précise-t-elle. "C'est la deuxième fois que cela nous arrive. À chaque fois, c'est plus grave. Jusqu'où faudra-t-il aller pour agir ?", s'interroge Patricia. »

La plainte fut déposée. Mais le parquet d'Albi, ne retenait que l'infraction de « chasse sur terrain d'autrui ». Mieux que d'habitude, car ce n'était pas la première plainte déposée contre cet équipage, mais toutes avaient été classées sans suite pour « absence d'infraction ». Mais cela ne pouvait satisfaire la famille victime de cette mise à mort scandaleuse. Elle avait demandé, par le biais de son avocat, que les veneurs soient poursuivis pour « mise en danger de la vie d'autrui ». Le « piqueur » fut condamné à 1 000 euros d'amende et deux ans de suspension de son permis de chasser. Mais l'équipage fit appel. Mais pas seulement : ils ont fait un recours au tribunal administratif contre l'arrêté préfectoral du 21 décembre 2007, qui leur interdit désormais de sortir de la forêt sur les communes de Puycelsi, Laroque et Penne.

Le feuilleton juridique ne s'arrêtera sans doute pas là, car la famille victime de cette chasse entend porter cette affaire au pénal. La chambre d'instruction de la cour d'appel ayant donné raison aux plaignants dans leur volonté de poursuivre ces chasseurs pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « omission de porter secours ».

Électricité de France (EDF) et Réseau de transport d'électricité (RTE) dépensent chaque année des fortunes pour réparer leurs câbles électriques endommagés par les plombs de chasse. Certains chasseurs n'hésitant pas à tirer sur les oiseaux qui sont posés sur ces câbles ! Tant pis pour les usagers, tant pis pour les gestionnaires des infrastructures électriques.

Tel ce Nemrod de Vire (Manche) qui, tirant sur des corbeaux, atteignit une ligne haute tension, et priva ainsi 1 244 habitants d'électricité. Il paraît qu'il n'aurait pas atteint un seul corbeau... Il est vrai que ce chasseur n'était pas vraiment doué, il a ensuite abattu une vache, alors qu'il s'entraînait au tir en visant des bouteilles...

C'est également deux chasseurs maladroits qui furent responsables du retard d'une trentaine de TGV Atlantique. Alors qu'ils chassaient sur la commune de Saint-Martin-de-Bréthencourt (Yvelines) l'un d'eux a sectionné une caténaire, coupant du coup la circulation des TGV. « D'après les premiers éléments de l'enquête, il ne s'agirait pas d'un acte de malveillance, mais seulement d'"un incident de chasse". Germain et Mathieu, inscrits à la société de chasse locale, étaient en train de tirer sur du gibier dimanche après-midi. Leur responsabilité civile sera engagée. Les deux amis avaient abattu deux chevreuils. L'un d'eux en a visé un troisième, mais a atteint la ligne SNCF située en contrebas. Des douilles de 7,64 des munitions pour gros gibier ont été retrouvées à proximité. L'incident serait survenu vers 15 heures, horaire correspondant avec les premières chutes de tension sur la ligne constatées par un technicien de la SNCF qui a donné l'alerte.

Pierre Athanaze, Le livre noir de la chasse.