Sunday, September 14, 2014

Demain, le monde ressemblera-t-il à Rio Grande City ?

Plantée sur la Highway 83, Rio Grande City est l'une des dernières villes du Texas avant d'arriver au Mexique. Il déplaira sûrement à l'office de tourisme de le lire, mais il n'y a aucune raison de s'arrêter ici. Rio Grande est le chef-lieu du comté de Starr, l'un des plus pauvres des États-Unis. La route principale ressemble à un long fil de béton rongé par la décrépitude depuis fort longtemps. La poussière est omniprésente. Elle semble même incrustée dans le paysage depuis et pour toujours.

Il existe deux styles de maisons à Rio Grande City. Celles à l'abandon et les autres où, réfugiés derrières les barreaux qui protègent toutes les fenêtres, les 11 923 habitants vivent dans la crainte. La peur du soleil qui écrase tout neuf mois par an. La peur des voisins, des inconnus, des autres et plus particulièrement des gangs de la mafia mexicaine qui ont transformé l'endroit en lieu de passage. Et puis, la peur des troupes du Homeland Security aussi, en charge de vérifier les visas et de déporter les immigrés clandestins. À Rio Grande City, 95,89 % de la population est d'origine mexicaine. Les sans-papiers en représentent la majorité. Certains ont même peur de leurs enfants. Nés sur le sol américain, ils sont pourvus de la nationalité qui est refusée à leurs parents. Et ainsi, d'après les services sociaux de la ville, dès l'adolescence, nombre d'entre eux terrorisent la partie « illégale » de la famille. Un chantage au coup de téléphone de dénonciation pour une seule chose : manger.

McDonald's, Dairy Queen, Burger King, Whataburger, Wendy's, Pizza Hut, Little Ceasars Pizza, Subways, Taco Bell, Taco Bueno, Taco Palenque, Mexican Buffet, Chinese Buffet... aucune enseigne ne manque à l'appel. Et toutes proposent, en lettres géantes, des promotions difficiles à ignorer quand on vit sous le seuil de la pauvreté. Ici, le Coke géant est offert pour l'achat d'un menu. Là, contre moins de 5 dollars, le client est invité à manger autant qu'il le souhaite. Ailleurs, tous les matins, le petit déjeuner est doublé gratuitement.

À Rio Grande City, paradis du HFCS et du trans fat, tout est commercialement envisageable, envisagé et mis en pratique pour ponctionner les quelques dollars versés par l'aide locale.

Cette orgie alimentaire s'accompagne d'une terrifiante réalité. À Rio Grande City, la moitié de la population adulte souffre de diabètes de type 2.

Mais le pire, c'est pour demain.

À l'école maternelle, 24 % des enfants sont déjà en surcharge pondérale ou obèses. S'ils ne sont pas dès maintenant pris en charge, rien ni personne ne parviendra à les sortir du cercle infernal. Celui qui, à l'âge adulte, devenus diabétiques et amputés, leur fera attendre la crise cardiaque... comme une libération.

Or, dans l'Amérique d'aujourd'hui, personne ou presque ne s'intéresse à Rio Grande City. Ou à La Casita, Roma, Laredo, El Cobares, ces villes du sud du Texas qui subissent le même cauchemar.

Or, à Rio Grande City, 50 % des garçons âgés de dix ans sont trop gros. Beaucoup trop gros.

Peggy Visio, une nutritionniste du Texas Health Science Center de San Antonio, tente depuis des années de faire bouger les choses. Adepte de la téléconférence, elle a réussi à trouver un don privé destiné à financer un service reliant son bureau de San Antonio à l'infirmerie de l'école de la ville. Et là, par écran interposé, elle donne des conseils de nutrition aux familles. Sachant pertinemment qu'elle ne pourra empêcher le pèlerinage quotidien au fast-food, elle tente d'orienter les ados vers les produits qui feront le moins de dégâts.

Lors d'un séjour récent à Rio Grande City, Visio et son équipe ont examiné les 2 931 enfants de la ville afin de quantifier ceux qui présentaient des risques élevés de diabète de type 2. Sur le papier, le pire de leurs scénarios prévoyait environ 600 cas. Mais à Rio Grande City, où deux cheeseburgers géants, une frite maxi et un Coca-Cola gargantuesque sont vendus à moins de 2 dollars, ils ont découvert 1 172 enfants en perdition. 1 172 futurs diabétiques.

Alors, Peggy a convaincu l'école de l'urgence. Après tout, chaque jour, les enfants y prennent leur petit déjeuner et leur déjeuner. Des collations largement arrosées des sodas en vente soit à la cafétéria, soit via les distributeurs, dans les couloirs de l'établissement.

Grâce à Visio et aux responsables de l'école, ces appareils de tentation ont été déplacés... dans la rue. Le personnel des cuisines a été formé pour offrir une nourriture moins grasse et moins sucrée. Les fruits frais ont commencé à apparaître sur les tables de la cantine et l'eau à repris une place qu'elle n'aurait jamais dû abandonner.

Mais voilà, nous étions à Rio Grande City. Et les étudiants ont expérimenté la démocratie directe. Ces citoyens en herbe, obèses ou en passe de le devenir, se sont mis en grève devant de telles décisions salutaires à leur santé. Soutenus par certains parents et professeurs, ils ont affiché leur colère à l'entrée de la cafétéria avec un mot d'ordre clair « Non au régime ! Nous voulons manger des trucs cool ! »

Rio Grande City est un laboratoire. Un douloureux voyage vers le futur aussi. Ce qui s'y passe n'est ni une exception ni une aberration, mais un amer avant-goût de l'avenir. L'obésité, le diabète, l'attitude de ces étudiants sont ni plus ni moins le résultat des trente dernières années de dérive et de matraquage alimentaire. Trois décennies où l'industrie agroalimentaire a pris le contrôle de nos assiettes, brouillant les repères, changeant la nature même de la nourriture.

Pendant des siècles, manger a été une nécessité et un moment privilégié. Une excuse pour l'échange et la communication. Et, bien souvent, un moment de plaisir. Désormais, un plat, pour s'imposer, doit être pratique, s'engloutir seul et rapidement. Et, surtout, être soutenu par une campagne publicitaire.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ces élèves prêts à se battre pour continuer à se goinfrer. Déjà, dans certaines écoles primaires, les enfants apprennent à compter en additionnant les M&M's. Dans d'autres, ils refusent de manger les fruits frais sous prétexte qu'il est beaucoup plus tendance d'avaler un dessert coloré.

L'industrie agroalimentaire n'est pas seulement coupable d'avoir travesti la nature de notre nourriture. D'y avoir introduit le sirop de fructose-glucose, les additifs, les conservateurs, les résidus chimiques et les acides gras trans. Non, dans cette course au profit, certaines sociétés ont tout simplement tenté de s'emparer de l'âme d'une génération.

Ces mots sont à la hauteur de ma colère. Pas uniquement celle de l'auteur, celle d'un père aussi. Qui, chaque jour, tente de contrebalancer un pouvoir qui nous dépasse. La responsabilité individuelle et celle des parents sont deux mensonges inventés par des spécialistes de la manipulation. Ou du marketing, c'est la même chose.

Les preuves ? Elles sont multiples. Petit voyage dans le temps. Dans les années 1930, Coca-Cola comparait ses atouts nutritionnels aux vertus vitaminées des fruits. Dans les années 1950, 7 Up expliquait comment, mélangé au lait du nourrisson, il favorisait la prise du biberon. À l'époque, à en croire les réclames, certains vins équivalaient même à un repas complet. Et puis, Camel était « la cigarette préférée des médecins ». Aujourd'hui les mêmes tentent de nous convaincre de l'importance de leurs contributions à notre bien-être, de leur sincérité dans la lutte contre le poids, de leur conscience humaniste ou de la non-dangerosité des OGM.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ses promotions permanentes sur la paire de hamburgers. Déjà, la crise d'obésité est devenue pandémie. Déjà les lagons des porcheries, le HFCS et le trans fat sont partis à la conquête de l'Europe.

L'Europe... Ou comment une idée juste, sensible, enthousiasmante et pacifiste, a perdu elle aussi son âme. L'Europe est devenue la nouvelle cour où manœuvrent les spécialistes du lobbying industriel. Où se pratique un sport dont les règles ont été inventées à Washington.

Et c'est ainsi que, le 9 novembre 2006, Markos Kyprianou, commissaire européen et membre de la Commission européenne chargé de la santé et de la protection des consommateurs, a publiquement félicité Coca-Cola et McDonald's pour leur engagement dans la lutte contre l'obésité.

Coke, McDo et les autres sont pourtant les fabricants de cigarettes d'aujourd'hui. Leur stratégie de communication est identique. La crainte majeure de ces géants de l'agroalimentaire, c'est que les gouvernements, sous la pression populaire, légifèrent. Car la contrainte leur fait peur. Aussi, pour éviter cela, ils jouent la diversion, la carte du volontarisme.

Dans le même esprit, Marlboro et Philip Morris financent aux États-Unis des campagnes publicitaires incitant les gens à ne plus fumer. Or, le budget de ces « ravalements de façade » n'atteint même pas 1 % des bénéfices engendrés par la vente de leurs produits.

McDo, Coke et les autres savent qu'ils sont les premiers responsables de la pandémie d'obésité. Alors, ils donnent le change, martèlent le message de la responsabilité individuelle et l'idée que toute nourriture a sa place dans un régime équilibré.

Lorsque je vois la campagne internationale de Coca-Cola annonçant sa décision de lutter contre l'obésité, je ne peux m'empêcher d'être cynique et de penser : c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

L'engagement à ne pas faire de publicité à destination des moins de douze ans ? Du vent. Rien de neuf. Cela a toujours été le cas. Non pas parce que la Compagnie est « morale » mais parce qu'elle est très intelligente. Elle préfère sponsoriser l'équipe de France de football, lancer un site Internet avec NRJ, imaginer un casting inspiré de « Star Academy » dans tout le pays, pour capter l'attention de ces classes d'âges. Coca-Cola étant, en France, la marque préférée des jeunes, elle n'a pas besoin de s'adresser directement à eux puisqu'elle a réussi à devenir une figure incontournable de leur univers.

Les boissons sans sucre, les salades de McDo ? Tout cela est marginal. Le cœur d'affaire de McDonald's, ce sont les heavy users, les gros consommateurs de Big Mac et de frites. Le produit vedette de la Compagnie ? Coca-Cola Classic et son sucre.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à son odeur permanente de friture. [...]

Avant d'être consommateur, nous sommes citoyens. Nos trois repas quotidiens sont autant d'occasions de voter. Voter pour ou contre un monde toxique. Voter en faveur d'un modèle viable pour l'environnement, notre santé, et moralement acceptable. Notre pouvoir est avant tout celui de l'achat. Plus qu'un bulletin dans une urne, la consommation d'un produit est devenue un geste politique. Le seul moment où le terme de «démocratie directe » a un sens concret.

Mais voilà, si mon pouvoir d'achat m'offre le privilège d'assurer aux miens une assiette sans danger, ce choix est réservé à une minorité. Car manger bien est désormais une source d'inégalité. Les pauvres sont aujourd'hui massivement représentés dans les rangs de plus en plus peuplés des obèses. Comme à Rio Grande City, leur pouvoir d'achat les cantonne quasi exclusivement à la nourriture industrielle. En confiant notre alimentation aux géants de l'agroalimentaire, nous leur avons laissé le droit d'installer des régimes d'apartheid nouveaux.

Et c'est pour cela que, même s'il est capital, un engagement individuel ne sera jamais suffisant. Pour éviter que demain, notre monde ressemble à Rio Grande City, il faut que la classe politique se souvienne que, parmi ses devoirs, se trouve l'obligation de protéger la société des risques pathogènes. La malbouffe tue. Il faut donc une intervention gouvernementale pour contraindre certaines compagnies à cesser de nous empoisonner.

William Reymond

La faim justifie-t-elle les moyens ?

Hiver 2013

De plus en plus de personnes se livrent au glanage de nourriture à la fin des marchés et dans les poubelles des magasins d'alimentation ou des restaurants. Certains ne respectent plus la loi et volent pour manger. Un gendarme témoigne :

« Ce matin j'ai pris mon service de gendarme de réserve dans une brigade du ... . Après discussion avec mes collègues il est à noter une recrudescence des vols de nourriture... Des jeunes comme des personnes âgées ! Les jeunes font parfois des vols à main armées pour quelques euros dans le but de se nourrir et les vieux embarquent du jambon dans les supermarchés. Ils ont une retraite mais les charges sont tellement lourdes qu'ils n'ont plus de quoi acheter à manger ! Ça fait mal de les voir ainsi ! » (http://www.jovanovic.com/blog.htm)

La classe dominante est insensible à l'augmentation de la pauvreté et ignore les conséquences de la cherté de la vie. Elle refuse de voir l'ampleur de la crise sociale et parfois, comme la bourgeoisie de Nogent-sur-Marne, elle applaudit quand un maire interdit le glanage. Mais des émeutes de la faim pourraient éclater en France.

Hiver 1847

« L'hiver 1846-1847 sera le plus terrible que les pauvres aient eu à subir depuis plus d'un quart de siècle. Une crise multiforme perturbe l'économie d'Occident ; la famine sévit en Irlande ; dans la France de Louis-Philippe se propage une agitation pétrie d'archaïsme. Les campagnes du Berry constituent un des épicentres du mouvement ; c'est qu'ici domine la grande propriété céréalière ; les journaliers agricoles qu'elle emploie sont touchés plus que les autres par la cherté des subsistances.

Les événements qui se déroulent dans l'Indre en janvier 1847 forment une véritable synthèse de la, pratique de l'émeute ; menaces contre les possédants, entrave à la circulation des grains, inventaires autoritaires des greniers, taxation et vente forcées : rien ne manque au catalogue des troubles frumentaires.

La résistance au libéralisme se double ici d'une hostilité à la modernité des techniques, à la mécanisation du travail agricole ; les bandes qui parcourent la campagne détruisent les machines à battre et obligent les propriétaires à embaucher les journaliers sans travail. Il ne s'agit pas, bien loin de là, de violence aveugle mais de gestes accomplis par des artisans et des « laboureurs » qui se réfèrent à une économie morale passéiste et qui ont le sentiment d'agir en toute légalité, avec la caution des autorités municipales.

Très vite, l'événement va révéler les tensions, voire les haines qui fracturent la société rurale ; hostilité à l'égard du « bourgeois » c'est-à-dire, ici, du grand propriétaire, haine à l'égard du meunier et, plus encore, de l'usurier. Incontestablement, les troubles de Buzançais constituent l'aboutissement des révoltes populaires... » (Alain Corbin)

Pendant l'hiver 1846-1847, la cherté des subsistances et le chômage saisonnier aggravent les conditions de vie déjà précaires de maintes catégories sociales. Des émeutes, réflexe à la misère, éclatent dans trente-cinq localités de l'Indre.

Mais la « Jacquerie de Buzançais » reste « l'affaire la plus considérable », tant par la violence des troubles que par la dureté de la répression dont se font l'écho des personnalités marquantes du 19ème siècle : George Sand, Victor Hugo, Karl Marx et Gustave Flaubert.

LETTRE DE GEORGE SAND À RENÉ VALLET DE VILLENEUVE

(Nohant, 5 février 1847)

Cher cousin,

je pars pour Paris dans quelques heures et ne veux pas quitter Nohant sans vous remercier et vous demander pardon des inquiétudes que vous avez eues pour moi. Nous avons été tranquilles pour nous-mêmes comme s'il ne s'était rien passé autour de nous quoique l'émeute se resserrât de tous côtés sur la Vallée Noire et eût même pénétré à une demie lieue de chez nous. Mais il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Je ne juge pas les émeutiers des autres localités, je ne les connais pas ; mais, je juge ceux du Berry et je vois ce qu'ils sont et ce qu'ils font.

Ce sont des gens qui ont faim et qui se fâchent contre les avares et les spéculateurs. Ils ont montré un rare discernement dans leurs vengeances, qui, pour être fort illégales n'en étaient pas moins justes. Ne plaignez pas le propriétaire de Villedieu. C'est un Monsieur Maçon ou Masson, bourgeois enrichi, ignoblement avare, et plus que cela, fripon et méprisable sous tous les rapports, les peintures de Villedieu sur lesquelles il avait spéculé et brocanté comme un juif n'étaient plus que des croûtes, et tout son luxe de mauvais goût jeté à la rivière n'inspire aucun regret. Un autre propriétaire pillé était un espèce de fou qui crachait volontiers à la figure d'un paysan et lui administrait des coups de cravache quand il avait bu. Il a eu la bravoure de se sauver quand on est venu chez lui, et il écrit maintenant des injures au préfet pour ne pas l'avoir préservé, tandis que le préfet était à huit lieues de là au milieu d'une autre échauffourée. Tous les propriétaires qui ont reçu ces révoltés avec calme, bonté et même avec une fermeté noble et polie ont été respectés corps et biens. Une vieille demoiselle seule dans son château leur a donné à souper et leur en a fait les honneurs. Ils n'ont pas seulement élevé la voix devant elle. Un propriétaire a été massacré, il est vrai, mais après avoir tué deux hommes qui ne le menaçaient pas et qu'il eût pu raisonner. En certains endroits, ces brigands ont été d'une générosité extraordinaire dans leurs procédés. Voilà ce qu'on ne dit pas et ce qu'on ne veut pas dire. On a peur, et on invoque les gendarmes, pour se dispenser d'être bon et juste. Encore une fois, je ne dis rien de vos émeutiers, je ne sais rien, mais je vous réponds que si vous étiez ici, vous dormiriez sur les deux oreilles au milieu du bruit, car on n'en veut qu'à ceux qui se conduisent mal, et spéculent effrontément sur cette affreuse misère. N'y a-t-il pas quelque chose de plus révoltant que de voir des hommes privés de tout, perdre patience et demander du pain un peu haut ? C'est de voir des hommes gorgés d'argent refuser le nécessaire à leurs semblables et se frotter les mains en se disant que l'année est excellente pour faire de bonnes affaires sur les blés ! Savez-vous que beaucoup d'industriels s'en vantent et que beaucoup font travailler au rabais, profitant de ce que le désespoir et l'indigence extrême font accepter à des malheureux 12 sous par jour ? Aussi ces Messieurs font-ils beaucoup travailler, l'occasion est si bonne, et l'année si favorable ! C'est affreux, et entre ceux qui vont comparaître aux assises et ceux qui vont les accuser, je ne sais pas trop lesquels ont mérité les galères...

George SAND

Le premier abattoir exclusivement rituel d'Europe

Le premier abattoir exclusivement rituel d'Europe sera construit dans le Limousin, à Guéret (23), avec des financements publics.

En Creuse, le collectif  N.A.R.G. dénonce les manœuvres d'une clique politico-affairiste qui sait parfaitement emberlificoter les citoyens pour faire du profit. Car la viande halal/casher représente un marché important pour le puissant lobby qui est parvenu à faire disparaître l'étourdissement préalable des animaux destinés à l'alimentation des musulmans et des juifs. Or rien, dans les textes sacrés, ne s'oppose à l'insensibilisation des animaux au moment de leur mise à mort. Les autorités françaises ont choisi le camp des intégristes bornés et cruels qui sont insensibles à la souffrance animale. L'agonie des animaux égorgés dure entre 10 et 14 minutes.

Un ministre français s'était même ouvertement opposé aux parlementaires européens qui souhaitaient instaurer un étiquetage visant à informer le consommateur sur les conditions d'abattage. Il déclara aux autorités juives : « Vous pouvez compter sur ma mobilisation et celle des députés français au Parlement européen pour que le projet n'aboutisse pas » (Brice Hortefeux). Un tel zèle est inacceptable de la part d'un ministre de la République laïque. 


Collectif  N.A.R.G.

Délit d'obsolescence programmée

Le sénateur Jean-Vincent Placé, d'Europe Ecologie Les Verts, est le principal instigateur d'un projet de loi visant à faire inscrire l'obsolescence programmée comme un délit.

« L’obsolescence programmée peut être définie comme suit : « c’est le concept selon lequel la durée de vie des produits serait prédéterminée et fixée à l’avance et délibérément par les fabricants afin d’inciter le consommateur à les remplacer plus rapidement ».
Bien que les définitions de l’obsolescence programmée ne soient pas toutes les mêmes - certaines évoquent franchement un raccourcissement de la durée de vie des produits, d’autres ne prononcent pas les adverbes « délibérément » ou « volontairement » - toutes affirment que l’objectif premier de l’obsolescence programmée est d’inciter le consommateur à acheter de nouveaux produits pour remplacer les anciens.

Pour atteindre l’objectif premier qui est d’inciter l’acheteur à consommer, il faut planifier, programmer la durée de vie du produit, il faut fixer la fin de vie, la mort du bien après une certaine période déterminée. Les détracteurs de l’obsolescence programmée avancent qu’il est impossible pour les ingénieurs, aussi talentueux soient-ils, de fixer la durée de vie d’un produit. Ils sont incapables de calculer la période après laquelle le bien « doit » tomber en panne. En effet, les conditions d’utilisation et d’autres variables entrent en compte, ce qui rend impossible une telle estimation et a fortiori une telle programmation.

Pourtant, nombre sont ceux qui, luttant contre l’obsolescence programmée, affirment que cela est possible en changeant les matériaux des appareils.

A l’instar de la société de réparation « La Bonne Combine » situé à Lauzanne et qui a reçu le prix de l’éthique pour son combat contre « le tout jetable ». En effet, le but de cette société de réparation est de contourner les astuces qu’utilisent des fabricants d’appareils (le plus souvent électriques ou électroniques comme des appareils électroménagers) pour les condamner à une mort certaine après une période déterminée. Evidemment, les fabricants ou du moins leurs ingénieurs ne peuvent pas donner une date précise quant à la survenance d’une panne fatale mais il s’agit d’un choix stratégique que de mettre des produits plus fragiles : par exemple des cordons d’alimentation plus fin pour les aspirateurs. Le fabricant est ainsi pratiquement sûr de vendre un nouvel aspirateur plus tôt que prévu.

L’ingénieur Jean Michel Raibaut a travaillé pour de grandes marques d’appareils électroménagers. Il affirme que les machines à laver (par exemple) sont programmées pour tomber en panne avant 10 années d’utilisation. Il s’agira d’une panne fatale, obligeant le consommateur à en racheter une neuve. En effet, les machines à laver sont prévues, sont programmées pour durer 2000 à 2500 cycles de lavage. A raison de cinq lavages par semaine, l’appareil tombera en panne au bout de 8 à 9 ans. Il faut savoir que 8 machines à laver sur 10 sont dotées de cuves en plastique qui remplacent celles en inox. Il suffit d’une seule pièce de monnaie pour qu’elles se cassent (à cause de la vitesse de rotation au moment de l’essorage) ou même d’une trop haute température de l’eau pour que la cuve se déforme. Ce genre d’accidents n’existait pas avec les cuves en inox. Cela signifie que les fabricants, en changeant certaines pièces maîtresses de leurs biens, font en sorte d’amener l’appareil vers une mort certaine après une durée d’utilisation prédéterminée.

Les propos allégués par Jean Michel Raibaut sont confirmés par Kayvan Mirza, ingénieur concepteur de télévision. Ce dernier affirme également que la durée de vie des télévisions est fixée à 10 années d’utilisation. Les téléviseurs sont prédestinés à fonctionner 20 000 heures ce qui fait une moyenne de 9 années d’utilisation donc de vie car dès qu’un composant tombe en panne c’est le téléviseur entier qui cesse de fonctionner afin de maintenir un taux de renouvellement assez régulier. Selon Kayvan Mirza : « il faut que le produit soit suffisamment fiable mais pas trop ». Suffisamment fiable pour que les consommateurs ne se tournent pas vers la concurrence mais pas trop pour qu’ils achètent régulièrement un nouveau produit sur un marché qui est déjà en saturation depuis plusieurs années. Il faut admettre que cela est curieux et même étonnant de voir que les achats d’équipement électriques ou électroniques ont été multipliés par six depuis le début des années 1990. Comme pour étayer les propos de Jean-Michel Raibaut et Kayvan Mirza, le rapport des Amis de la Terre et du CNIID avance que la durée de vie des anciens téléviseurs équipés des tubes cathodiques était entre 10 et 15 ans en moyenne alors que l’écran plat avoisine les 5 ans. Ce constat aggrave même les estimations des deux ingénieurs (cités ci-dessus) qui étaient de donner une durée de vie inférieure à 10 ans mais qui en resterait proche. […]

Un des arguments avancés pour lutter contre l’obsolescence programmée est le gaspillage de masse que ce type de pratique engendre tandis que, malgré les efforts des fabricants pour maintenir un certain niveau de consommation, les consommateurs prennent conscience petit-à-petit de l’enjeu que représentent les ressources naturelles face à l’obsolescence programmée notamment en raison des problèmes sanitaires qu’elle engendre .

L’obsolescence programmée à l’origine du gaspillage de masse entraînant l’épuisement des ressources naturelles.

Un lien, que beaucoup jugent indirect, peut être fait entre l’obsolescence programmée et les problèmes écologiques et environnementaux.

En effet, parmi les produits les plus renouvelés se trouvent les appareils électriques ou électroniques : un Français achète environ six fois plus d’équipements électriques ou électroniques qu’au début des années 1990. Et ces derniers nécessitent énormément de terres rares (c’est-à-dire des minerais et métaux difficiles à extraire) qui sont présents dans la plupart des produits électriques ou électroniques en raison de leur propriété magnétique permettant la miniaturisation. Ce genre de métaux fait partie des composants des téléphones portables, qui est à l’heure actuelle l’appareil le plus fabriqué et qui est également le plus touché par l’obsolescence programmée : les téléphones portables sont changés tous les 20 mois environ par la population et même tous les 10 mois dans la tranche d’âge des 12-17 ans. Il est sidérant de remarquer que les téléphones portables peuvent contenir jusqu’à 12 métaux différents à hauteur de 25% du poids total des appareils.

L’OCDE (Organisation et coopération de développement économiques) en partant des niveaux connus en 1999 a affirmé qu’en maintenant un taux de croissance annuel de 2%, les réserves de cuivre, plomb, nickel, argent, étain et zinc ne dépasseraient pas 30 années et celles d’aluminium et de fer se situeraient entre 60 et 80 ans en moyenne. L’obsolescence programmée a un impact direct sur l’environnement car, pour produire toujours plus d’appareils électriques et électroniques, pour répondre à une demande créée artificiellement par la réduction volontaire de la durée de vie, il faut pratiquer l’excavation de grandes quantités de terre engendrant le défrichage des sols, l’élimination de la végétation et la destruction des terres fertiles.

Le mode de consommation, qui ressemble plus à une surconsommation, affaiblit les ressources de la Terre. Le fait de jeter des produits qui, pourtant, fonctionnent encore ou même le fait de mettre en œuvre l’obsolescence programmée sont des causes de cette surconsommation. Le problème auquel il faut faire face est celui de notre économie qui, à la recherche perpétuelle d’un taux de croissance positif, repose sur le « consommer plus ». Et pour consommer plus, il faut réduire la durée de vie des produits afin d’inciter le consommateur à remplacer le produit prématurément mort.

Malheureusement, une telle politique a des conséquences non négligeables sur le « capital naturel » qui peut être défini ainsi : « Le capital naturel fait référence aux ressources telles que minéraux, plantes, animaux, air, pétrole de la biosphère terrestre, vus comme un moyen de production d'oxygène, de filtration de l'eau, de prévention de l'érosion, ou comme fournisseur d'autres services naturels. Le capital naturel constitue une approche d'estimation de la valeur d'un écosystème, une alternative à la vue plus traditionnelle selon laquelle la vie non-humaine constitue une ressource naturelle passive ». Cette estimation de la valeur d’un écosystème est utilisée par WWF (World Wide Fund for Nature) pour son rapport Planète Vivante paru en avril 2012. Il s’agit d’un rapport alarmant, repris plusieurs fois par la presse notamment sur Internet.

Le rapport met l’accent sur le lien existant entre le mode de consommation actuel et le tarissement des ressources naturelles. Ezzedine Mestiri en 2003 écrivait déjà : « La planète est définitivement peuplée de consommateurs : Elle produit aujourd’hui en moins de deux semaines l’équivalent de la production matérielle de toute l’année 1900. La production économique double environ tous les 25 ans ». Et c’est ce que confirme la WWF dans son rapport d’avril 2012. Aujourd’hui, il faut une année et demie à la planète pour régénérer l’intégralité des ressources renouvelables que les êtres humains consomment en une seule année. Plus grave encore, si le mode de consommation de la population, qui s’apparente plus à de la surconsommation, ne change pas de façon significative, il faudra l’équivalent de deux planètes pour répondre à nos besoins annuels à l’horizon de 2030.

Pourtant, ce n’est pas comme si nous n’avions pas été prévenus il y a déjà plus de quatre décennies. Alors que les Trente Glorieuses battaient leur plein et que la croissance dans les pays les plus développés atteignait des chiffres impressionnants, le Club de Rome s’interrogeait sur les conséquences d’une telle croissance sur les ressources naturelles non renouvelables de la Terre.

Le Club de Rome était un groupe de réflexion crée le 8 avril 1968 qui réunissait une poignée d'hommes, occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs (un recteur d'université allemande, un directeur de l'OCDE, un vice-président d'Olivetti, un conseiller du gouvernement japonais...), et qui souhaitaient que la recherche s'empare du problème de l'évolution du monde pris dans sa globalité pour tenter de cerner les limites de la croissance.

Ce club est surtout connu pour le rapport demandé à une équipe de chercheurs du Massachussetts Institute of Technology (ou MIT) et rendu public en 1972 sous le nom plus connu de Rapport Meadows & al (du nom du directeur de l’équipe : Dennis Meadows). Il a été publié par la suite sous le titre The Limits to Growth chez Universe Books et traduit en français par le titre Halte à la croissance ?

Ce rapport se base sur des données scientifiques pour dénoncer le pillage que subit la planète en raison de sa surexploitation expliquée par le mode de consommation de la population notamment des pays développés. A l’époque de ce rapport, les chercheurs n’avaient pas été réellement pris au sérieux, jugés comme « catastrophistes ». En effet, si les tendances de croissance des pays développés restent inchangées, les limites de la croissance seront atteintes un jour ou l’autre dans les cent prochaines années en raison de la disparition des ressources naturelles sans lesquelles il est impossible de subvenir aux besoins de l’humanité. Cela se traduira par un « effondrement ». Ce terme n’est pas à entendre comme un synonyme de la fin du monde mais plutôt comme « la diminution brutale de la population accompagnée d'une dégradation significative des conditions de vie (baisse importante du produit industriel par tête, du quota alimentaire par tête, etc.) de la fraction survivante » d’après Jean-Marc Jancovici, auteur de la préface du livre publiant le rapport Meadows. Pourtant, en 1972, la situation n’était pas la même : consommateurs et industriels croyaient encore aux ressources infinies et illimitées de la planète, la population mondiale n’avait pas encore atteint le nombre de 4 milliards d’êtres humains, les pays qui n’étaient pas en voie de développement le sont aujourd’hui et utilisent énormément de métaux et autres minerais pour maintenir leur taux de croissance afin de pouvoir continuer leur développement. Les marchés des pays développés sont arrivés depuis des années à saturation. De peur de voir la consommation de la population reculer et ainsi affaiblir le taux de croissance, les fabricants ont mis en pratique l’obsolescence programmée, ce qui leur permet un travail en amont (l’extraction des ressources naturelles) et en aval (la vente des produits touchés par l’obsolescence programmée). Alors pourquoi changer ? Quand bien même le rapport Meadows ou même celui de la WWF qui annonce que, si la population mondiale vivait comme la population américaine, il faudrait quatre planètes pour régénérer les besoins annuels de l’humanité, il semble évident que l’obsolescence programmée satisfasse le plus grand nombre : les fabricants, les distributeurs, les vendeurs, les réparateurs après-vente voire même certains consommateurs qui y voient l’opportunité de changer régulièrement d’appareils électriques ou électroniques (pour ne citer que ceux-là)... »


Lydie TOLLEMER

Télécharger le mémoire de Lydie TOLLEMER « Obsolescence programmée » :

L'éducation

La contre-révolution conservatrice (de Thatcher, Reagan et consorts) a instauré un nouveau féodalisme que Jean Ziegler appelle « l'ordre cannibale du monde ».

Krishnamurti aurait certainement dénoncé cette effroyable régression de l'humanité, mais il décéda avant le grand cataclysme social des années 1990 qui suivit la chute du mur de Berlin et déchaîna l'hydre capitaliste.

L'argent roi s'accompagne de l'endoctrinement des populations et du retour du religieux. La docilité des nouveaux serfs est assurée par les médias qui répandent la pensée unique. Les enfants ne sont pas épargnés, ils sont soumis au conditionnement religieux et scolaire (le 29 avril 2013, François Hollande a franchi une étape de plus dans la dégradation de la société en décidant de faire inculquer la cupidité entrepreneuriale aux enfants dès la sixième).

L'éducation

Pour comprendre le sens de la vie, de ses conflits et de ses douleurs, il nous faut penser indépendamment de toute autorité, y compris celle des religions organisées. Mais si, dans notre désir d'aider l'enfant, nous plaçons devant lui des exemples impressionnants, nous n'éveillons en lui que la peur, l'imitation et différentes formes de superstitions.

Les personnes de tendance religieuse essayent d'imposer à leurs enfants les espoirs et les craintes qu'elles ont reçus de leurs propres parents ; et les personnes antireligieuses sont également désireuses d'influencer leurs enfants et de leur faire accepter leur façon particulière de penser. Nous voulons tous que nos enfants adoptent notre forme de culte et qu'ils prennent à cœur les idéologies que nous avons choisies. Il est si facile de s'embourber dans des images et des formulaires, inventés par nous-mêmes ou par d'autres ! C'est pourquoi il est nécessaire d'être toujours attentif et en éveil.

Ce que nous appelons religion n'est que croyance organisée, avec accompagnement de dogmes, de rituels, de mystères et de superstitions. Chaque religion a ses livres sacrés, ses médiateurs, ses prêtres et ses façons de menacer et de dominer. Nous avons, pour la plupart, été conditionnés en fonction de tout cela, et c'est ce que l'on appelle une éducation religieuse. Mais ce conditionnement dresse l'homme contre l'homme et engendre l'antagonisme, à la fois parmi les croyants et contre les autres appartenances. Bien que toutes les religions affirment rendre un culte à Dieu et proclament que nous devons nous aimer les uns les autres, elles instillent la peur, se servant de leurs doctrines basées sur la récompense et le châtiment. Et leurs dogmes rivaux perpétuent les suspicions et les luttes.

Dogmes, mystères, rituels : rien de tout cela ne conduit à une vie spirituelle. L'éducation religieuse, dans le vrai sens de ce mot, consiste à encourager l'individu à comprendre les rapports qu'il entretient avec ses semblables, avec les objets, avec la nature. Il n'y a pas d'existence sans relations ; et sans la connaissance de soi, toutes les relations, personnelles et collectives, sont des causes de conflits et de douleurs. Certes, il est impossible d'expliquer pleinement tout cela à l'enfant ; mais si l'éducateur et les parents saisissent profondément tout ce que comportent les relations humaines, ils pourront, par leur attitude, leur comportement et leur langage, faire comprendre à l'enfant, sans trop de mots et d'explications, ce qu'est une vie spirituelle.

Notre prétendue culture religieuse décourage l'interrogation et le doute, et pourtant ce n'est qu'en examinant le sens et la portée des valeurs que la société et la religion ont établies autour de nous que nous commençons à découvrir le vrai. La fonction de l'éducateur est d'être profondément conscient de ses propres pensées et de ses sentiments ; il peut ainsi abandonner les valeurs qui lui ont donné la sécurité et le réconfort, et aider les autres à prendre conscience d'eux-mêmes et à connaître leurs aspirations et leurs craintes.

C'est pendant la période de croissance qu'il faut veiller à empêcher les déformations. Et si nous, qui sommes plus âgés, avons assez d'entendement, nous pouvons aider les jeunes à s'affranchir des entraves que la société leur impose, ainsi que des obstacles qu'ils projettent au-devant d'eux-mêmes. Si les jeunes n'ont pas l'esprit et le cœur façonnés par des préconceptions religieuses et des préjugés, ils demeurent libres de découvrir, par la connaissance d'eux-mêmes, ce qui est au-dessus et au-delà d'eux-mêmes.

La vraie religion n'est pas un ensemble de croyances et de rituels, d'espérances et de craintes. Et si nous permettons à l'enfant de grandir sans ces influences gênantes, alors, peut-être, en mûrissant, commencera-t-il à s'enquérir de la nature de la réalité, de Dieu. Voilà pourquoi, en élevant l'enfant, il est nécessaire d'avoir une grande pénétration d'esprit.

La plupart des personnes qui ont une tendance à être religieuses parlent de Dieu et de l'immortalité, ne croient pas profondément à la liberté individuelle et à l'intégration. La vraie religion est pourtant la culture de la liberté dans la recherche de la vérité. Il ne peut pas y avoir de compromis avec la liberté. Pour l'individu, une liberté partielle n'est pas une liberté du tout. Un conditionnement, de quelque sorte qu'il soit, politique ou religieux, n'est pas la liberté et n'apportera jamais la paix.

La vraie religion n'est pas une forme de conditionnement. C'est un état de tranquillité en lequel est la réalité, Dieu. Mais cet état créatif ne peut entrer en existence que lorsqu'il y a connaissance de soi et liberté. La liberté engendre la vertu, et sans vertu il n'y a pas de tranquillité. L'esprit immobile n'est pas un esprit conditionné, il n'est pas discipliné ou entraîné à être immobile. L'immobilité ne survient que lorsque l'esprit comprend son propre processus, qui est le processus du moi.

Les religions organisées sont les pensées congelées des hommes, avec lesquelles ils construisent des temples et des églises. Elles sont devenues la consolation des timorés et l'opium de ceux qui sont dans la détresse. Mais Dieu, mais la vérité, est bien au-delà de la pensée et des sollicitations émotionnelles. Les parents et les éducateurs, qui découvrent et réalisent le processus psychologique de la peur et de la souffrance, devraient pouvoir aider les jeunes à observer et à comprendre leurs propres conflits et leurs épreuves.

Si nous, qui sommes plus âgés, pouvions aider les enfants, au fur et à mesure qu'ils grandissent, à penser clairement et sans passion, à aimer et à ne pas provoquer d'animosité, qu'y aurait-il de plus à faire ? Mais si nous nous sautons constamment à la gorge, si nous sommes incapables d'instaurer l'ordre et la paix dans le monde en nous changeant nous-mêmes profondément, quelle est la valeur des livres sacrés et des mythes des diverses religions ?

Krishnamurti, De l'éducation.

Vivre de lumière

Jakob Bosch, docteur en médecine et préfacier du livre de Michael Werner « Se nourrir de lumière », écrit :

« Avant même d'avoir atteint ses trente ans, Therese Neumann, née en 1898 à Konnersreuth en Allemagne du Sud, avait cessé de manger et de boire. Elle n'ingérait que « le huitième d'une petite hostie et chaque jour environ 3 ml d'eau [pour avaler l'hostie] » et renonça ainsi à la nourriture et aux liquides pendant 35 ans jusqu'à sa mort (en 1962). Comme en outre elle était stigmatisée, c'est-à-dire qu'elle portait sur son corps les plaies du Christ, elle fit bientôt sensation dans le public. »

A l'époque, le pouvoir se montra intraitable à l'égard des incrédules qui voyaient dans l'affaire de la stigmatisée de Konnersreuth une manipulation de l’Église. Le rédacteur de « l’Écho Rouge », journal communiste de Iéna, fit paraître un article intitulé : « Comment on trompe le peuple. » Il déclara que si on fait prendre des vessies pour des lanternes, c'est pour permettre à l’Église de faire une bonne affaire et de rétablir son crédit ébranlé. Cité, le 8 mai 1928, devant le tribunal des échevins d'Erfurt, et accusé d'avoir injurié l’Église catholique, il fut condamné à deux mois de prison. (Source : « Une stigmatisée : Thérèse Neumann », François Spirago, 1930.)

De nos jours, des gourous échafaudent des théories faussement spiritualistes et prétendument scientifiques qui séduisent les amateurs de pouvoirs paranormaux. Ainsi Michael Werner réduit le phénomène de l'inédie à ceci : « Au plan spirituel, cela résonne de manière très simple : ceux qui se nourrissent de lumière reçoivent leur nourriture directement de l'éther ».

La canalisation de l'éther (prana) sans réelle réalisation spirituelle doit nous inciter à la méfiance. En fait, il existe bien une méthode pour vivre sans manger. Mais sa mise en pratique exige l'acquisition d’un état contemplatif parfaitement stabilisé. Sans cette condition, le procédé des jeûneurs peut s’avérer inopérant et dangereux pour les plus obstinés. Quant aux personnes qui deviennent inédiques sans posséder cet état contemplatif, elles pourraient servir de canal aux seules énergies psychiques... de l'infra-monde, ajouterait René Guénon.

Le lama Bonpö Tsewang Rigzin enseignait l’art de se sustenter d’énergie subtile. Ses élèves apprenaient la technique respiratoire nommée « kumbhaka ». Mais par-dessus tout, ils maîtrisaient la contemplation de la nature de l’esprit. Contemplation que les adeptes de la Grande Perfection appellent « trekchö ». De plus, une préparation médicinale complétait l’ascèse. Sa forme la plus simple se limite à quelques grammes d’ARURA (Terminalia Chebula du genre des myrobolans), la panacée des tibétains. D’autres traditions tibétaines proposent des compositions médicinales complexes pour accompagner CHUNG LEN, l’ascèse alimentaire des yogis, des nangpa solitaires.

Attention, pour rester en bonne santé, il ne faut pas acheter des préparations médicinales portant la mention « Chung len » ! Les aigrefins ne reculent devant rien pour s’enrichir, leurs poudres de perlimpinpin sont souvent toxiques et coûtent beaucoup plus cher que l’ARURA naturel en vente sur les marchés villageois de l’Himalaya pour quelques centimes d'euro.

Jasmuheen, la prophétesse du respirianisme, ne commercialise pas la technique de chung len, mais son goût prononcé pour l’argent et le channelling devrait nous inciter à la prudence.


Le cannabis

« Les Bonzes, les Derviches, les Fakirs, les Kalenders, les Sannyasis, les Santons, les Aïssaouas et quantité de personnes appartenant dans l'Inde à tous les rangs de la société, se procurent à volonté des extases, des crises extatiques et mille visions en absorbant des pilules d'Esrar, dans lesquelles il n'entre guère que du haschisch... »

Ernest Bosc



« Si l'homme savait se servir des plantes, écrit Ernest Bosc dans son Traité théorique et pratique du haschisch, il n'aurait pas besoin d'avoir recours aux médecins, ni aux remèdes minéraux sauf dans des cas exceptionnels.

La plante a des vertus spéciales, elle a une vie propre, que l'homme croit connaître et qu'il ne connaît pas. Pour le vulgaire, la vie de la plante n'est qu'une vie végétale, végétative pourrions-nous dire ; pour le Penseur, la plante a aussi une vie animale, et c'est celle-ci qui lui donne sa puissance, ses qualités curatives ; car de même que l'homme, la plante a une constitution septénaire, si on l'étudie à des points de vue divers; elle comporte en effet :

1° Une matière ou substance, une eau végétative, au moyen de laquelle se meuvent sept forces en action ; ce que Paracelse a dénommé les Derses ou exhalaisons de la terre et à l'aide desquelles croit la plante ;

2° Une forme en laquelle gît le principe actif végétatif ;

3° Une âme qui comporte, l'air sensitif, c'est-à-dire qui réunit la matière et la forme ; c'est le Clissus de Paracelse, la semence corporifiée (la force vitale, Prana des Hindous) ;

4° Une matière, qui renferme les germes de reproduction ;

5° Le corps astral de la plante : le mixte organisé, le Leffas de Paracelse. Celui-ci combiné avec la force vitale de la plante constitue l'Ens primum qui possède d'après le grand Alchimiste des vertus curatives très importantes; c'est ce même Leffas, qui est le sujet de la Palingénesie, qui consiste à faire revivre le fantôme de la plante, ou bien encore à faire revivre la plante (corps et âme) ou enfin à la créer avec des matériaux empruntés au règne minéral (aux cendres de la plante);

6° La physiologie de la plante qui s'exerce depuis ses radicelles les plus tenues et qui atteint jusqu'à sa tète son sommet ;

7° Une essence universelle qui lui fournit tous ses modes de transformation : accroissement, formation, putréfaction, coagulation, etc., etc. »

La pénalisation du cannabis profite aux réseaux criminels, empêche l'utilisation à bon escient de cette plante et favorise des abus que Bosc dénonçait en 1904 en ces termes :

« Il serait bien inutile, pensons-nous, d'essayer de cacher un fait de toute évidence : c'est que notre belle civilisation est en voie de complète décadence.

Bien des actes démontrent cette vérité, mais ce qui la prouve très clairement, c'est la foule de détraqués, de névrosés, de névropathes, qui recherche des plaisirs excentriques et des jouissances anormales, presque inconnues avant le temps présent.

Aussi nos dégoûtés de la vie, nos petits crevés et leurs charmantes crevettes devaient user et abuser des substances stupéfiantes ; c'était écrit, c'était fatal.

Ils devaient goûter à la coupe dangereuse des narcotiques, à ces narcotiques au goût âcre, à la saveur vireuse, afin de passer par des états de nervosisme tout à fait inconnus, tout à fait surnaturels. hyper-physiques.

De là l'usage et bientôt l'abus de la morphine, de l'éther, de l'eau de Cologne, du chloral, de la cocaïne et autres produits analogues fort nombreux dans notre Occident. Mais il semblait que ces névrosés ne devaient point connaître le haschisch et l'opium ; c'étaient là des produits orientaux presque inconnus chez nous il y a seulement vingt-cinq ou trente ans ; et aujourd'hui le nombre de personnes qui abusent de ces substances est très considérable.

Combien de brillantes intelligences ont sombré dans des maisons d'aliénés, rien que par l'abus de ces substances stupéfiantes, qui donnent à notre cerveau surexcitation et douce ivresse, mais arrivent insensiblement à paralyser cet organe !

Et ce ne sont pas ceux qui sont aux prises avec les difficultés de la vie qui usent de ces excitateurs psychiques pour oublier leurs maux, mais bien ceux qui, nés sous une bonne étoile, ont été gâtés par quelque bonne fée et n'ont jamais rien eu à désirer. C'est pour cela que, blasés en toute chose et sur toute chose, ces assoiffés de plaisir se sont crus malheureux parce qu'ils rêvaient encore et toujours davantage. Ces insatiables de bonheur, ces repus de fortune et de biens ont, dans leur imagination déréglée, cherché de plus grandes jouissances, et ils y sont arrivés en empruntant à l'Orient ses drogues si subtiles, mais si dangereuses, drogues qui donnent à l'homme des illusions si fécondes que, dès que le névropathe a goûté à ces plaisirs factices, il ne saurait jamais plus s'en passer.

De l'usage à l'abus, il n'y a guère qu'un tout petit pas, et c'est ce pas, que nous voudrions empêcher nos contemporains de franchir, si c'est... possible.

Nous ne voulons pas pour cela nous poser en moraliste et sermonner nos lecteurs ; oh ! Nullement ! Nous estimons, en effet, qu'il est impossible d'enrayer les violentes passions humaines. Nous laissons donc à l'homme la liberté d'user des stupéfiants, mais nous lui donnerons des recettes et des conseils pratiques pour lui permettre de satisfaire sa passion favorite, sans danger pour sa santé.

C'est là rendre un mauvais service, dira quelque censeur, et le procédé, ajoutera-t-il peut-être, sent quelque peu son Tartufe de vouloir « donner de l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur ».

Nous ne saurions trop protester contre une pareille affirmation, et nous espérons bien qu'un grand nombre de lecteurs nous saura gré de lui donner des conseils utiles pour empêcher de faire dériver un plaisir inoffensif en une passion dangereuse, malsaine et funeste.

Et puis, l'homme n'a pas été créé pour répéter à chaque instant : « Frère, il faut mourir ! » peut donc se permettre quelques plaisirs licites et parfois — un peu illicites : seulement il ne doit pas y goûter trop souvent, il ne doit pas en abuser. »

Ernest Bosc, Traité théorique et pratique du haschisch.

Le troisième sexe en Inde

National Hijra Habba

New Delhi, le 2 Juin 2012, des membres des communautés transgenres et hijra de toute l'Inde ont rencontré des représentants du gouvernement, des organismes donateurs et de la société civile.

Cette consultation nationale a permis d'examiner les efforts visant à atteindre l'égalité pour les transsexuels et les hijras et attire l'attention sur les défis importants auxquels font face ces communautés. La journée comprenait des discours, des échanges d'expériences et des  spectacles. Des discussions approfondies ont eu lieu sur des questions comme les droits sociaux, le statut juridique, la violence, le VIH / sida, les vulnérabilités économiques et la féminisation.


Tritiya Prakriti

Les gens du troisième sexe (Tritiya Prakriti) sont de deux sortes ; selon qu'ils sont d'apparence féminine ou d'aspect masculin.

Le troisième sexe est aussi appelé neutre (Napunsaka). Ceux d'apparence féminine ont des seins, etc., ceux d'aspect masculin des moustaches, des poils sur le corps, etc. Le coït buccal qu'ils pratiquent l'un et l'autre fait partie de leur nature.

Les prostitués du troisième sexe sont appelés gitons (Hijra)...

Ces lignes sont extraites du Kâma Sûtra, le célèbre livre de Vâtsyâyana consacré à l'amour, la sexualité et au plaisir.

« Le puritanisme, la religiosité et le faux mysticisme qui sévissent dans l'Inde moderne n'existent pas dans la société décrite par Vâtsyâyana et ses prédécesseurs. […]

La première formulation du Kama Shâstra, les règles de l'amour, est attribuée à Nandi, le compagnon de Shiva.

C'est au VIIIe siècle av. J.-C. que Shvetaketu, fils d'Uddalaki, entreprit de résumer l'ouvrage de Nandi. Nous en connaissons la date car Uddalaka et Shvetaketu sont les protagonistes de la Brihat Arânyaka Upanishad et de la Chhandogya Upanishad qui sont généralement datées de cette époque et qui contiennent d'importants passages liés à la science érotique.

Un lettré appelé Babhru, avec ses fils ou disciples, appelés les Bâbhravya, ont repris, cette fois par écrit, dans un important ouvrage, l’œuvre trop vaste de Shvetaketu. Ils étaient originaires du Panchâla, une région située entre le Gange et la Yamuna, au sud de l'actuelle Delhi, mais résidaient probablement dans la cité de Pataliputra, le grand centre où régnait Chandragupta qui s'opposa à l'invasion d'Alexandre au IVe siècle av. J.-C. et qui fut le siège de l'empire d'Ashoka un siècle plus tard.

C'est entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère que divers auteurs reprennent chacun une partie de l’œuvre des Bâbhravya dans différents traités. Ces auteurs sont appelés Chârâyana, Suvarnanâbha, Ghotakamukha, Gonardîya, Gonikâputra et surtout Dattaka qui, avec l'aide d'une célèbre courtisane de Pataliputra, composa un ouvrage sur les courtisanes que Vâtsyâyana reproduit presque intégralement.

Le texte de Suvarnanâbha doit dater du Ier siècle av. J.-C. car il cite un roi de Kuntala (au sud de Pataliputra) nommé Shatakarni Shatavâhana qui régnait à cette époque et qui tua sa femme par accident, au cours de pratiques sadiques.

Par ailleurs, Yashodhara, au début de son commentaire, attribue l'origine de la science érotique à Mallanâga "le prophète des Asura" (les anciens dieux), c'est-à-dire à des âges préhistoriques. Nandi, le compagnon de Shiva, l'aurait donc transcrit pour l'humanité actuelle. L'attribution du prénom de Mallanâga à Vâtsyâyana provient éventuellement d'une confusion entre son rôle de rédacteur du Kâma Sûtra et le créateur mythique de la science érotique. »

Alain Daniélou, Kâma Sûtra.