Wednesday, September 16, 2020

Origine des usages alimentaires des plantes sauvages


François Couplan :

Il y a plusieurs millions d’années que l’homme consomme les herbes sauvages. Bien plus récemment – mais il y a quand même six mille ans -, on en trouve trace dans la Bible (Genèse I, 29) : « Et Dieu dit (à l’homme et à la femme) : voici que je vous donne toute herbe portant semence sur la face de toute la Terre et tout arbre qui a en lui fruit d’arbre portant semence ; cela vous servira de nourriture ».

Le dédain actuel de l’homme civilisé pour les plantes n’est qu’une attitude toute récente – qui correspond d’ailleurs à son éloignement général de la Nature. Pourtant il y a cinquante ans environ, les paysans grecs mangeaient encore comme leurs ancêtres du temps de Périclès : ils cultivaient des céréales, l’olivier et d’autres arbres fruitiers, mais ils n’avaient pas de potagers et ne consommaient comme légumes que les plantes sauvages qui les entouraient.

Les meilleurs végétaux sauvages comestibles sont certainement nos « mauvaises herbes ». celles-ci vivent depuis des millénaires avec l’agriculteur et envahisent le terrain dès qu’il le retourne. C’est pourquoi on les rencontre autour des habitations, des champs, au bord des chemins, dans les terrains vagues, etc. Elles ont d’ailleurs colonisé les divers continents à la suite des invasions européennes.
Nombre de ces plantes robustes, à la vitalité étonnante et douées de moyens de dispersion très efficaces, ont été cultivées dans nos potagers, surtout au 16ème et 17ème siècles, pour leurs qualités alimentaires ou leurs vertus médicinales. Depuis, on les a oubliées au profit de plantes exotiques de culture beaucoup plus délicate, ou parfois importées, souvent inférieures quant à leurs propriétés bénéfiques pour l’organisme humain, mais dont l’aura de nouveauté a éclipsé jusqu’à nos jours nos anciennes compagnes. Ces « mauvaises herbes » sont simplement des plantes dont nous ne connaissons pas, ou plus, les qualités.

Les habitudes acquises à la ville et les monocultures ont favorisé ce processus. Mais il ne tient qu’à nous de le changer et de retrouver les myriades de goûts et les effets favorables à la santé que les plantes sauvages proposaient déjà à nos ancêtres.

Extrait du livre « Le régal végétal ».


Monday, September 14, 2020

« 0+0 = la tête à TOTO »

Les nouvelles mathématiques des mélanges chimiques

Tout indique que l'imprégnation des femmes enceintes par les pesticides est généralisée et qu'elle concerne autant les zones urbaines que les régions rurales. Ainsi une étude réalisée dans les années 2000 en Bretagne (sur une cohorte dite « Pélagie ») a révélé la présence d'un total de 52 molécules dans les urines de 546 femmes enceintes, dont 12 appartenaient à la classe des triazines (comme l'atrazine), 32 à celle des organophosphorés (comme le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-méthyl), 6 à la classe des amides et 2 à celle des carbamates. « Les résidus de pesticides sont généralement multiples, soulignaient les auteurs en 2009 ; et leurs impacts, individuels ou conjoints, sur le fœtus et son développement sont encore incertains dans la littérature épidémiologique. Ils seront évalués prochainement dans la cohorte Pélagie. »

Si la « charge chimique corporelle » des femmes enceintes et des bébés est particulièrement préoccupante, il en est de même pour les enfants, dont le taux d'imprégnation par les pesticides est proportionnellement beaucoup plus élevé que celui des adultes. C'est ce que montrent de nombreuses études (qu'il n'est pas possible de toutes énumérer), comme celle réalisée dans le Minnesota, une région d'agriculture intensive comprenant aussi d'importantes zones urbaines : publiée en 2001, elle a révélé que 93 % des échantillons urinaires prélevés sur 90 enfants ruraux et urbains présentaient un cocktail de résidus d'atrazine, de malathion, de carbaryl et de chlorpyriphos. Comme on l'aura remarqué, le fameux chlorpyriphos revient avec la régularité d'une pendule dans tous les études de biomonitoring : d'après le deuxième rapport du CDC, il est l'un des pesticides dont le taux de résidus dépasse régulièrement les normes autorisées, particulièrement chez les enfants testés. Dans un document qui commente les résultats de ce rapport, Pesticides Action Network (PAN) souligne que « s'il y a quelqu'un qui est responsable de la présence du chlorpyriphos dans nos organismes, c'est bien Dow Chemical, qui a développé et commercialisé en premier le pesticide [...] et continue de le produire et de le promouvoir aux États-Unis et internationalement, malgré des preuves solides qu'il a un impact significatif sur la santé publique ». Et l'association d'en appeler à la « mise en cause des firmes chimiques » qui polluent nos organismes à travers nos assiettes, et mettent particulièrement en danger la santé de nos enfants.

Si l'on en croit les résultats d'une étude publiée en décembre 2010 par Générations futures (l'ex-MRDGF), les responsables potentiels sont nombreux . L'association a en effet fait analyser l'alimentation quotidienne d'un enfant d'une dizaine d'années, comprenant trois repas types qui suivent les recommandations officielles — cinq fruits et légumes frais, trois produits laitiers et 1,5 litre d'eau par jour — et un encas (avec des friandises). Ainsi que l'écrit Le Monde.fr, « le bilan est accablant » : « Cent vingt-huit résidus, quatre-vingt-une substances chimiques, dont quarante-deux sont classées cancérigènes possibles ou probables et cinq substances classées cancérigènes certaines ainsi que trente-sept substances susceptibles d'agir comme perturbateurs endocriniens (PE). [...] Pour le petit déjeuner, le beurre et le thé au lait contiennent à eux seuls plus d'une dizaine de résidus cancérigènes possibles et trois avérés comme des cancérigènes certains, ainsi que près d'une vingtaine de résidus susceptibles de perturber le système hormonal. Le steak haché, le thon en boîte, et même la baguette de pain et le chewing-gum, étaient truffés de pesticides et autres substances chimiques. Dans l'eau du robinet, les analyses ont révélé la présence de nitrates et de chloroforme. Mais c'est le steak de saumon prévu pour le dîner qui s'est révélé le plus "riche", avec trente-quatre résidus chimiques détectés. »

Ainsi que l'a expliqué François Veillerette, le fondateur de Générations futures, au quotidien du soir, « les effets de synergie probables induits par l'ingestion de tels cocktails contaminants ne sont pas pris en compte et le risque final pour le consommateur est probablement très sous-estimé. Actuellement, nous ne savons à peu près rien de l'impact des cocktails chimiques ingérés par voie alimentaire ».

Les « nouvelles mathématiques des mélanges : 0 + 0 + 0 = 60 »

« Je pense que nous avons été extrêmement naïfs dans nos études et système de réglementation en ne nous intéressant qu'à un seul produit chimique à la fois, alors qu'aucun d'entre nous n'est exposé à une seule substance, m'a dit Linda Birnbaum lorsque je l'ai rencontrée dans son bureau du NIEHS. Je pense que nous sommes passés ainsi complètement à côté d'effets qui peuvent se produire. C'est particulièrement vrai pour les hormones naturelles et synthétiques. C'est pourquoi le défi que nous devons maintenant relever, c'est de comprendre et évaluer les effets que peuvent provoquer les mixtures chimiques dans lesquelles nous vivons. Mais, malheureusement, il y a très peu de laboratoires qui travaillent là-dessus... »

Une fois n'est pas coutume, les laboratoires qui font référence dans le domaine de la toxicologie des mélanges chimiques sont européens, en l'occurrence danois et britannique. Le premier est dirigé par Ulla Flass, une toxicologue qui travaille à l'Institut danois de la recherche alimentaire et vétérinaire, situé à Soborg, dans la banlieue de Copenhague. Je l'ai rencontrée un jour enneigé de janvier 2010. Avant de commencer notre entretien, elle m'a fait visiter sa « ménagerie », une pièce d'un blanc clinique où sont installées les cages des rats wistar qu'elle utilise pour ses expériences. Grâce au soutien de l'Union européenne et en collaboration avec le centre de toxicologie de l'université de Londres, elle a conduit une série d'études visant à tester les effets des mélanges de substances chimiques ayant une action antiandrogène sur des rats mâles exposés in utero. Dans la première d'entre elles, le cocktail comprenait deux fongicides, la vinclozoline et le procymidone, et la flutamide, un médicament prescrit pour traiter le cancer de la prostate.

« Qu'est-ce qu'un antiandrogène ? ai-je demandé à la toxicologue danoise.

— C'est une substance chimique qui affecte l'action des androgènes, c'est-à-dire des hormones masculines comme la testostérone, m'a-t-elle répondu. Or, les hormones masculines sont capitales pour la différenciation sexuelle qui, chez les humains, a lieu à la septième semaine de grossesse. Ce sont elles qui permettent au modèle de base, qui est féminin, de se développer en un organisme masculin. Donc, les antiandrogènes peuvent faire dérailler le processus et empêcher le mâle de se développer correctement.

— Comment avez-vous procédé pour votre étude ?

— Nous avons d'abord observé les effets de chaque molécule séparément en essayant de trouver, pour chacune d'elles, une dose très basse qui ne provoquait aucun effet. Je vous rappelle que notre objectif était de mesurer l'effet potentiel des mélanges, il était donc particulièrement intéressant de voir si trois molécules qui individuellement n'avaient pas d'effet pouvaient en avoir une fois mélangées. Et ce fut exactement les résultats que nous avons obtenus. Prenons, par exemple, ce que nous appelons la "distance anogénitale", qui mesure la distance entre l'anus et les parties génitales de l'animal. Elle est deux fois plus longue chez le mâle que chez la femelle, et c'est précisément dû au rôle des androgènes pendant le développement fœtal. Si elle est plus courte chez les mâles, c'est un indicateur de l'hypospadias, une malformation congénitale grave des organes de reproduction masculins. Quand nous avons testé chaque produit séparément, nous n'avons constaté aucun effet, ni aucune malformation. Mais, quand nous avons exposé les fœtus mâles à un mélange des trois substances, nous avons observé que 60 % d'entre eux développaient plus tard un hypospadias, ainsi que des malformations graves de leurs organes sexuels. Parmi les malformations que nous avons observées, il y avait notamment la présence d'une ouverture vaginale chez certains mâles qui avaient, par ailleurs, des testicules. En fait, ils étaient sexuellement dans l'entre-deux-sexes, comme des hermaphrodites. »

Et la toxicologue de conclure par cette phrase que je n'oublierai jamais : « Nous devons apprendre de nouvelles mathématiques quand nous travaillons sur la toxicologie des mélanges, parce que ce que disent nos résultats, c'est que 0 + 0 + 0 fait 60 % de malformations...

— Comment est-ce possible ?

— En fait, nous assistons à un double phénomène : les effets s'additionnent et ils entrent en synergie pour décupler, m'a expliqué Ulla Hass.

— C'est effrayant ce que vous dites, surtout quand on sait que chaque Européen a ce que l'on appelle une "charge chimique corporelle" ! Ce que vous avez observé chez les rats pourrait-il aussi se produire dans nos organismes ?

— En fait, le gros problème, c'est que nous n'en savons rien, a soupiré Ulla Hass, qui a alors fait la même remarque que son collègue Tyrone Hayes. Il est très difficile de comprendre pourquoi cela n'a pas été pris en compte plus tôt. Quand vous allez à la pharmacie pour acheter un médicament, il est écrit sur le mode d'emploi qu'il faut faire attention si vous prenez d'autres médicaments, car il peut y avoir une combinaison d'effets. C'est pourquoi il n'est pas surprenant que l'on ait le même phénomène avec des polluants chimiques.

— Pensez-vous que les toxicologues doivent complètement revoir leur manière de fonctionner ?

— Il est clair que pour pouvoir évaluer la toxicité des mélanges chimiques, et tout particulièrement celle des perturbateurs endocriniens, il faut sortir du modèle qu'on nous a enseigné, qui veut qu'a une faible dose on ait un petit effet et à une forte dose un gros effet, avec une courbe linéaire dose-effet. C'est un modèle simple et rassurant, mais qui, pour de nombreuses molécules chimiques, ne sert à rien. En revanche, il faudrait développer des outils comme ceux mis en place par le laboratoire d'Andreas Kortenkamp, à Londres, avec qui mon laboratoire collabore. Après avoir entré toutes les caractéristiques chimiques des trois substances que nous avons testées dans un système informatique, il a pu prédire, grâce à un logiciel spécifique, quels allaient être les effets de l'addition et de la synergie des molécules. C'est une piste très intéressante pour l'avenir... »

Marie-Monique Robin, Notre poison quotidien.

Thursday, September 10, 2020

Identité et chamanisme des Sioux

Danièle Vazeilles, professeur d'ethnologie à l'université Paul Valéry-Montpellier III, a séjourné à plusieurs reprises dans des réserves sioux.

Quelle identité ?

« Il ressortait de mon travail, explique Danièle Vazeilles, que les Sioux, entre 1969 et 1973, ont vécu une période critique de leur vie. En effet, les deux premières années de mon séjour chez eux, je constatai qu'ils faisaient montre d'une attitude très négative envers eux-mêmes. Cette auto-dépréciation de leur identité ethnique et culturelle était due à la manière dont ils ont été perçus et traités par la société euro-américaine globale et par certains métis ayant des postes d'autorité dans les gouvernements tribaux. Les Euro-Américains leur ont toujours imposé une identité caractérisée par des attributs négatifs : « sauvages sanguinaires, arriérés, sales, paresseux, sans religion, superstitieux, quasi analphabètes, etc. ».

Cette intériorisation négative de soi-même et de son groupe a engendré une culture de refoulement caractéristique des réserves nord-américaines et d'une volonté d'en échapper en abandonnant tout pour changer, non de classe sociale, mais plutôt de « race sociale », d'où révoltes et rébellions armées, résistance passive, mouvements messianiques. Ces mouvements de révolte et de contestation du passé ont souvent conduit les Indiens à l'échec. Mais ces différentes formes de résistance ont néanmoins entretenu une mémoire collective tribale et pan-indienne. C'est cette mémoire collective traditionaliste qui a contribué à la continuation des valeurs indiennes, au maintien, d'une part d'une conscience ethnique, tribale et culturelle, et d'autre part à la formation d'une conscience pan-indienne.

Mais, répétons-le, et les Indiens eux-mêmes en sont conscients, les sociétés indiennes nord-américaines sont toujours très menacées. Elles peuvent espérer se défendre grâce à des rencontres et à des échanges à l'échelon continental et international au nom d'une solidarité pan-indigène. Les sociétés amérindiennes revendiquent leur spécificité ethnique, tribale ou culturelle. Le père du tribalisme amérindien est sans aucun doute l'écrivain et polémiste sioux Vine Deloria, Jr., auteur de « Custer Died for Your Sins : an Indian Manifesto et de God Is Red ». Si les anthropologues ont toujours quelques hésitations avant d'utiliser le terme « tribu », il n'en est pas de même dans l'optique populaire nord-américaine et en particulier indienne. Vine Deloria croit que si la société américaine globale « peut s'en sortir », ce sera en écoutant les « peuples tribaux » (tribal people). Selon lui, et les Indiens en général partagent cette opinion, une société tribale est une entité chaleureuse et humaine, qui contraste vivement avec les froides bureaucraties commerciales que sont les sociétés occidentales. Pour la conscience populaire amérindienne, une tribu est une population unie qui « parle le même langage », au sens le plus large du terme, qui fait remonter sa généalogie à des ancêtres communs, qui partage la même économie fondée sur l'entraide, et surtout qui participe à la même religion, celle des Ancêtres.

Cette prise de conscience de leur indianité tribale et pan-indienne est une expression politique, mais surtout un processus social dynamique qu'il appartient aux Indiens de définir Les divers mouvements indiens ne s'y sont pas trompés. Ils visent tous à revaloriser leurs cultures dépréciées pendant si longtemps ; ils cherchent aussi à relancer la pratique des langues amérindiennes. En ce qui concerne les Sioux, ce dernier effort n'a eu à notre avis que relativement peu de succès et peu de résultats pratiques dans les réserves et les quartiers sioux des villes du Dakota du Sud. Le lakota est un langage très différent de la langue anglaise, tant du point de vue de la syntaxe que de la prononciation. Et les jeunes Sioux, trop préoccupés de leur bien-être immédiat et de leur appartenance pan-indienne, refusent de faire les efforts continus nécessaires pour acquérir la pratique quotidienne de la langue parlée de leurs ancêtres. Et pourtant, d'après les Sioux âgés, la langue sioux encore parlée actuellement s'est simplifiée et est devenue nettement moins gutturale.

Le deuxième point important de ces revendications actuelles est la préservation des terres des réserves et éventuellement la récupération d'une partie des terres perdues. Les associations indiennes s'efforcent donc de persuader le gouvernement fédéral de maintenir le système des réserves, et de continuer à fournir des aides financières et techniques pour permettre éventuellement d'arriver à un réel état d'autonomie interne dans les réserves. Or, malheureusement, il est bien évident que le gouvernement américain actuel pencherait pour l'optique inverse. [...]

Les Indiens de l'Amérique du Nord, et tout particulièrement les Sioux, sont conscients que, pour préserver leur identité, il leur faut être très vigilants. Ils ne veulent plus accepter les schémas proposés par les gouvernements fédéraux successifs, schémas constamment fondés sur une politique d'assimilation qu'ils rejettent. Par ailleurs, au niveau idéologique pan-indien, de nombreux Indiens se sont rendu compte, depuis qu'ils font partie des instances internationales, qu'il leur faut aussi se méfier des schémas proposés par les appareils de gauche souvent inadaptés parce que trop pragmatiques. C'est aussi un des constats établis par les chercheurs du « Centre interdisciplinaire d'études latino-américaines » de Toulouse dans leur ouvrage collectif, « Indianité, ethnocide, indigénisme en Amérique latine » (C.N.R.S.).

Pour préserver leur identité culturelle et tribale, les Sioux ont opté pour l'utilisation, en les réinterprétant quelque peu, de certaines formes d'organisation traditionnelle et surtout des croyances religieuses de type chamanique [...].

Chamanisme

Si nous définissons comme visionnaire quiconque a eu des visions à l'état de veille ou en rêve, on peut dire que les Sioux ont été un peuple de visionnaires acharnés, à tel point qu'il est difficile de repérer ceux dont les fonctions et les pouvoirs peuvent être qualifiés de chamaniques.

En effet, jusqu'au 19ème siècle, vers l'âge de dix ans, les garçons devaient participer à leur première quête des visions en jeûnant et en priant. De leur côté, les filles pouvaient entrer en contact avec le surnaturel pendant leur période de retraite solitaire (isnati) au moment de leurs menstruations. Par la suite, tous les individus sioux avaient la possibilité de solliciter directement les Esprits, au cours de rituels précis, quêtes des visions (hanbleceya), loge à transpirer (inipi), Danse du Soleil, pour résoudre leurs problèmes personnels et familiaux.

Ainsi […], selon les Esprits contactés et les pouvoirs par eux octroyés, s'opérait une hiérarchisation des visionnaires. Certains Sioux devenaient des ihanblapi, des rêveurs : ils rencontraient dans leur sommeil ou pendant un rêve éveillé des animaux wakan (wanbli oyate « la nation aigle », mato oyate « la nation ours », etc.) qui leur communiquaient des messages surnaturels. Grâce à ces alliés surnaturels (le loup, le coyote, le bison, le cerf à queue noire, le wapiti, etc.), les rêveurs acquéraient des talents particuliers qui leur permettaient d'accomplir des prouesses à la guerre, à la chasse, mais aussi en tant que danseur, musicien, et chanteur. De leur côté, les femmes lakota pouvaient devenir des spécialistes des broderies en piquants de porc-épic, des spécialistes du tannage et de la préparation des peaux. Certaines des rêveuses fabriquaient des charmes de protection pour la guerre destinés aux hommes ; certaines devenaient, grâce à leur vision, les détentrices de la fécondité et de la bonne moralité des tiyospahe (communautés) sioux.

Le contenu des messages surnaturels et les talents ainsi acquis augmentaient le prestige des rêveurs et leur donnaient la possibilité d'entrer dans les associations de rêveurs, telle hehaka ihanblapi kin, les rêveurs du wapiti, et dans les sociétés guerrières et policières qui regroupaient surtout les rêveurs du loup, du coyote et du chien. On peut dire que l'animal vu en rêve correspond en fait à l'Esprit de l'espèce.

Quant aux quelques Indiens qui échouaient dans leurs tentatives pour entrer en contact avec les Esprits, ils risquaient ainsi d'être voués au manque de pouvoir et donc de succès. En fait, il existait une solution, ceux qui avaient une nombreuse parentèle pouvaient acheter, grâce à la contribution financière de leurs parents, une partie du contenu du sac-médecine (wopiye) d'un visionnaire puissant.

Actuellement, les sociétés guerrières et les associations de rêveurs n'existent plus. Toutefois, des efforts sont entrepris depuis peu par quelques jeunes Sioux traditionalistes pour recréer certaines sociétés masculines, en grande partie à partir de documents ethnographiques, ce que les Sioux concernés ne veulent pas avouer pour le moment.

Par ailleurs, nous avons recueilli des témoignages montrant que des Sioux rencontrent toujours Deer Woman, sous la forme d'une très belle femme, très bien habillée, qui, nous l'avons montré, n'est autre qu'un des avatars d'Anog Ite, Femme au Double Visage, un des personnages centraux des mythes lakota. Si les femmes sioux choisissent les objets féminins que leur présente l'Esprit, elles deviendront des spécialistes en travaux féminins. Mais si elles décident d'imiter l'aspect femme fatale de Deer Woman, ces femmes deviendront des « femmes de mauvaise vie ». Par contre, si un jeune homme rencontre cette entité ambiguë, il peut tomber malade, voire en mourir, ou alors devenir un winkte, un homme-femme, un berdache selon la terminologie des spécialistes des Amérindiens.

Les Esprits pouvaient d'eux-mêmes décider d'entrer en contact avec des hommes et femmes lakota sans que ceux-ci aient cherché volontairement cette rencontre. Le plus souvent, il semble que les individus sioux ainsi contactés devenaient des voyants-guérisseurs, des wicasa wakan, des saints hommes. »

Danièle Vazeilles

Wednesday, September 09, 2020

Une autre école

Il y aura bientôt un programme dédié à l'entrepreneuriat de la sixième à la terminale, avait annoncé François Hollande durant sa calamiteuse présidence.

Qui ignore que la véritable motivation des entrepreneurs c'est principalement le profit ? Doit-on corrompre la jeunesse en lui inculquant prématurément l'avidité capitaliste qui détruit la planète ?

Voici quelques exemples d'écoles en France « dont l'objectif est de sensibiliser les enfants à la ruralité et au respect de la nature et constituant une bonne préparation à l'accès à l'emploi et à la construction d'un état d'esprit actif. Les écoles Freinet, Montessori ou Steiner qui existent en France méritent une vraie analyse tant elles paraissent conduire les enfants qui y suivent leur scolarité vers une ouverture d'esprit plus grande.

L'ÉCOLE DU COLIBRI (DRÔME)

Une école différente, où la pédagogie accorde une large place à l'éducation des sens, de la santé, à la connaissance de la terre, à la redécouverte et à la préservation des patrimoines nourriciers, à l'humanisme au quotidien. Aujourd'hui, L'école du Colibri accueille des enfants de classes primaires, mais prévoit l'ouverture d'un lycée. L'école du Colibri est située au cœur d'un lieu de vie, du centre des Amanins : un centre convivial d'accueil, d’hébergement, un site d'expérimentation et de démonstration agro-écologique et de sauvegarde de la biodiversité, un espace de production agricole respectueux de l'environnement et garant d'une nourriture saine. Les classes vertes bénéficient des infrastructures du centre : maraîchage, fromagerie, boulangerie etc. Les élèves travaillent avec des professionnels, montent des projets pédagogiques ; ils ont autour d'eux tout ce qu'il faut pour expérimenter et découvrir le monde du vivant. Ils travaillent sur la pratique agro-écologique dans le maraîchage, l'élevage, transformation des produits laitiers, mais également dans l'énergie, le traitement de l'eau, la gestion des déchets, et autres pratiques reprises dans le centre. Celui-ci peut accueillir deux classes à la fois, en plus de l'école.

Les projets de classes de découvertes s'adressent aux primaires, collégiens et lycéens. Ils sont élaborés directement avec les enseignants afin de les intégrer dans les programmes scolaires et les inscrire dans une démarche expérimentale. L'école attache une grande importance au « vivre ensemble ». Les enfants sont formés au travail coopératif, à l'écoute et au respect, à la résolution des conflits. Des réunions de vie collective sont régulièrement organisées. Les parents et les enseignants coopèrent dans leurs rôles d'éducateurs pour accompagner au mieux les élèves.

Il sera proposé aux enseignants venus dans le cadre des classes de découvertes de partager la recherche pédagogique afin de l'appliquer en retour sur le terrain.

L'école du Colibri est une école où, comme le dirait Albert Jacquard : « on apprend l'art de rencontre ». Les experts du recrutement savent combien la rencontre employeur-employable est décisive pour l'avenir de ce dernier (www.lesamanins.com).

LA FERME DES ENFANTS (ARDÈCHE)

La ferme des enfants a ouvert ses portes en septembre 1999 et accueille des enfants de deux ans et demi à treize ans. L'attitude des éducateurs et l'environnement de vie des enfants sont déterminants. L'ambiance au sein de laquelle évoluent les enfants agit comme principal support pédagogique et permet à chacun de se développer dans le respect de ses caractères propres : ses rythmes, sa personnalité et ses centres d'intérêt. La qualité de l'environnement de vie est assurée par la présence de la nature, de la ferme, des animaux et des activités annexes. D'autre part, l'environnement social est également prépondérant et actif en termes pédagogiques : les éducateurs sont relayés par des professionnels dans des secteurs variés (agriculteurs, bûcherons, artisans, artistes, etc.) qui interviennent ponctuellement ou régulièrement. Les parents d'élèves et d'autres sympathisants sont également partie prenante dans la vie de l'école par leur participation active (intendance, animation d'ateliers, réflexion pédagogique...)

Parmi les fondements auxquels la pédagogie pratiquée au sein de l'école fait référence, notons :

• Une éducation à la vie : acquisition de savoirs et savoir-faire indispensables (compétences scolaires, vie pratique, jardinage, bricolage, artisanat), connaissance de soi et développement de la conscience.

• Une éducation à la paix : pratique des conseils d'enfants et expérimentation d'un système démocratique, communication non-violente, écoute et gestion des émotions.

• Une éducation à l'écologie : découverte et connaissance du milieu naturel, de son potentiel, de sa diversité, gestion respectueuse des ressources, pratiques écologiques, tri et recyclage des déchets.

• Une éducation sociale : par une pédagogie de la rencontre avec des artistes, des professionnels, des scientifiques, des voyageurs et avec la cohabitation des personnes retraitées.

Cette initiative permet d'observer de réels résultats : qualité des échanges, éveil de l'intelligence et de la curiosité, épanouissement des potentiels individuels, bien-être des enfants. Ces résultats seront profitables à tous, car ces enfants seront des citoyens actifs du monde de demain. La Ferme des Enfants a bénéficié d'une subvention de la Direction régionale de l'agriculture et des forêts pour démarrer. L'idée est de se servir du support de la ferme comme d'un livre ouvert qui permette à l'enfant d'explorer tout ce qu'il y a autour de lui par du vécu, de faire sortir l'école de son cadre institutionnel, simplement fonctionnel — structure fermée où les enfants apprennent un savoir basé principalement sur l'écrit, sur l'intellectualisation des savoirs — pour l'immerger dans un monde actif où il y ait des agriculteurs, des animaux, des végétaux, où le vivant soit partout, (www.la-ferme-des-enfants.com).

L'ÉCOLE NICOLAS HULOT : UNE MISSION, RESPECTER LE VIVANT

Pour que les enfants puissent devenir des citoyens pleinement responsables et acteurs de leur environnement, il est nécessaire de leur transmettre les clés pour mieux comprendre le monde vivant qui les entoure. De la connaissance et de l'apprentissage naîtra un meilleur respect pour la nature dans toute sa diversité. Cette école doit être un centre de sensibilisation, d'éducation, de formation et d'information sur la biodiversité dans une perspective de développement durable. Elle a ouvert ses portes en 2004. L'École Nicolas Hulot est localisée dans une région exceptionnellement riche en espaces naturels d'un grand intérêt écologique; son implantation en lisière du Parc de Branféré (Bretagne), parc animalier de qualité et d'expériences en matière de loisirs éducatifs; son bâtiment HQE (haute qualité environnementale) en cohérence avec sa vocation ; sa mission dédiée à la protection du vivant ; le partenariat mis en œuvre pour sa réalisation entre organismes privés, publics, fondations et collectivités.

L'école est conçue pour favoriser l'ouverture des enfants, des jeunes et des adultes sur le monde du vivant qui les entoure, dans toute sa diversité. Les activités proposées aux enfants et aux jeunes dans un cadre scolaire, favorisent, dès le plus jeune âge, une prise de conscience des liens d'interdépendances entre les êtres vivants. L'école accueille en priorité les enfants du cycle 3 (CE2, CM1, CM2) dans le cadre de classes d'environnement. Grâce à des espaces modulables, elle est aussi adaptée pour recevoir d'autres publics : élèves plus âgés, étudiants, stagiaires, adultes en groupes ou en famille. Ses aménagements permettent l'hébergement des personnes handicapées, (www.ecole-nicolas-hulot.org).

L'ÉCOLE DE LA NATURE ET DES SAVOIRS

Sous le parrainage de: Jean-Marie Pelt, Edgar Morin, Bernard Nadoulek et Cheikh Bento.

« Réfléchir et expérimenter dès maintenant, un réinvestissement des territoires ruraux (« éco-modernité »), et une relocalisation des activités économiques rendue indispensable du fait, entre autres, de la raréfaction des ressources naturelles (fossiles). » C'est pour nourrir concrètement ce concept « d'éco-modernité », de territoire réinvesti, que l'École de la Nature et des Savoirs a choisi de s'installer dans les hautes vallées du Diois : un territoire naturel préservé, éloigné des centres urbains, mais proche d'une gare SNCF (30 minutes), dont les objectifs de développement « Pôle d'excellence rurale et Biovallée », sont en accord avec les objectifs du projet. Un territoire support d'enseignement et de formation (apprentissage du vivant, apprentissage par le vivant — « Ce que nous pouvons apprendre de la nature... ») qui devra nourrir et interroger le projet.

L'école de la Nature et des Savoirs est un lieu d'échanges et de formations qui s'adresse à différents publics — élèves de grandes écoles, étudiants, dirigeants et cadres d'entreprises, mais aussi, jeunes en difficulté, enfants et grand public (ecolenaturesavoirs@orange.fr).

ÉCOLE STEINER EN RÉGION D'AVIGNON

Un projet innovant: une rencontre avec le monde, une rencontre avec soi-même. Implantée dans une zone à la fois agricole. industrielle, urbaine et commerciale en pleine expansion. l'école Rudolf Steiner, en Région d'Avignon, a fait le choix de conduire les élèves qui lui sont confiés à la rencontre de cet environnement pluriel. Ce contexte local était favorable à l'impulsion initiale du projet : mettre en œuvre une étroite collaboration entre le travail scolaire et l'implication des adolescents dans le monde du travail. Pour les plus grands élèves (15 à 18 ans), ceci a pris la forme d'un travail régulier, tout au long de l'année, dans les secteurs d'activité les plus divers : artisanaux, industriels et sociaux. Pour rendre plus fécond le dialogue entre chaque personnalité d'élève et l'environnement qu'il découvre, le projet des grandes classes a souhaité mettre également l'accent sur l'exercice artistique individuel et collectif afin de renforcer l'espace intérieur de création, le désir d'apprendre et la force de jugement. (Pour plus d'informations : 300 chemin La Traille — 84700 Sorgues.)

L'INSTITUT EUROPÉEN D'ÉCOLOGIE (IEE)

Il propose une formation pour enfants à l'âge de la maternelle, ayant pour thème l'éducation à l'environnement pour un développement durable et se déroulant en classe sous la forme d'un spectacle de marionnettes interactif, dont les séquences, au nombre de trois, sont entrecoupées d'activités scientifiques pratiques répondant au contenu théorique de la pièce. L'histoire est tirée du conte écologique Le jardin des boissons, écrit par Jean-Marie Pelt et Franck Steffan, avec un contenu qui vise à proposer une « boîte à outils » conceptuelle permettant aux élèves de se situer vis-à-vis de leur environnement au sens élargi, ainsi que d'aborder, par une démarche scientifique, les problématiques environnementales, le projet des écoles de l'IEE.

Les consciences s'éveillent, les exemples le prouvent, on peut organiser notre société de façon différente sans faire de révolution. »

Source : Politique écologique = plein emploi, Jean Marc Governatori.

Sunday, September 14, 2014

Demain, le monde ressemblera-t-il à Rio Grande City ?

Plantée sur la Highway 83, Rio Grande City est l'une des dernières villes du Texas avant d'arriver au Mexique. Il déplaira sûrement à l'office de tourisme de le lire, mais il n'y a aucune raison de s'arrêter ici. Rio Grande est le chef-lieu du comté de Starr, l'un des plus pauvres des États-Unis. La route principale ressemble à un long fil de béton rongé par la décrépitude depuis fort longtemps. La poussière est omniprésente. Elle semble même incrustée dans le paysage depuis et pour toujours.

Il existe deux styles de maisons à Rio Grande City. Celles à l'abandon et les autres où, réfugiés derrières les barreaux qui protègent toutes les fenêtres, les 11 923 habitants vivent dans la crainte. La peur du soleil qui écrase tout neuf mois par an. La peur des voisins, des inconnus, des autres et plus particulièrement des gangs de la mafia mexicaine qui ont transformé l'endroit en lieu de passage. Et puis, la peur des troupes du Homeland Security aussi, en charge de vérifier les visas et de déporter les immigrés clandestins. À Rio Grande City, 95,89 % de la population est d'origine mexicaine. Les sans-papiers en représentent la majorité. Certains ont même peur de leurs enfants. Nés sur le sol américain, ils sont pourvus de la nationalité qui est refusée à leurs parents. Et ainsi, d'après les services sociaux de la ville, dès l'adolescence, nombre d'entre eux terrorisent la partie « illégale » de la famille. Un chantage au coup de téléphone de dénonciation pour une seule chose : manger.

McDonald's, Dairy Queen, Burger King, Whataburger, Wendy's, Pizza Hut, Little Ceasars Pizza, Subways, Taco Bell, Taco Bueno, Taco Palenque, Mexican Buffet, Chinese Buffet... aucune enseigne ne manque à l'appel. Et toutes proposent, en lettres géantes, des promotions difficiles à ignorer quand on vit sous le seuil de la pauvreté. Ici, le Coke géant est offert pour l'achat d'un menu. Là, contre moins de 5 dollars, le client est invité à manger autant qu'il le souhaite. Ailleurs, tous les matins, le petit déjeuner est doublé gratuitement.

À Rio Grande City, paradis du HFCS et du trans fat, tout est commercialement envisageable, envisagé et mis en pratique pour ponctionner les quelques dollars versés par l'aide locale.

Cette orgie alimentaire s'accompagne d'une terrifiante réalité. À Rio Grande City, la moitié de la population adulte souffre de diabètes de type 2.

Mais le pire, c'est pour demain.

À l'école maternelle, 24 % des enfants sont déjà en surcharge pondérale ou obèses. S'ils ne sont pas dès maintenant pris en charge, rien ni personne ne parviendra à les sortir du cercle infernal. Celui qui, à l'âge adulte, devenus diabétiques et amputés, leur fera attendre la crise cardiaque... comme une libération.

Or, dans l'Amérique d'aujourd'hui, personne ou presque ne s'intéresse à Rio Grande City. Ou à La Casita, Roma, Laredo, El Cobares, ces villes du sud du Texas qui subissent le même cauchemar.

Or, à Rio Grande City, 50 % des garçons âgés de dix ans sont trop gros. Beaucoup trop gros.

Peggy Visio, une nutritionniste du Texas Health Science Center de San Antonio, tente depuis des années de faire bouger les choses. Adepte de la téléconférence, elle a réussi à trouver un don privé destiné à financer un service reliant son bureau de San Antonio à l'infirmerie de l'école de la ville. Et là, par écran interposé, elle donne des conseils de nutrition aux familles. Sachant pertinemment qu'elle ne pourra empêcher le pèlerinage quotidien au fast-food, elle tente d'orienter les ados vers les produits qui feront le moins de dégâts.

Lors d'un séjour récent à Rio Grande City, Visio et son équipe ont examiné les 2 931 enfants de la ville afin de quantifier ceux qui présentaient des risques élevés de diabète de type 2. Sur le papier, le pire de leurs scénarios prévoyait environ 600 cas. Mais à Rio Grande City, où deux cheeseburgers géants, une frite maxi et un Coca-Cola gargantuesque sont vendus à moins de 2 dollars, ils ont découvert 1 172 enfants en perdition. 1 172 futurs diabétiques.

Alors, Peggy a convaincu l'école de l'urgence. Après tout, chaque jour, les enfants y prennent leur petit déjeuner et leur déjeuner. Des collations largement arrosées des sodas en vente soit à la cafétéria, soit via les distributeurs, dans les couloirs de l'établissement.

Grâce à Visio et aux responsables de l'école, ces appareils de tentation ont été déplacés... dans la rue. Le personnel des cuisines a été formé pour offrir une nourriture moins grasse et moins sucrée. Les fruits frais ont commencé à apparaître sur les tables de la cantine et l'eau à repris une place qu'elle n'aurait jamais dû abandonner.

Mais voilà, nous étions à Rio Grande City. Et les étudiants ont expérimenté la démocratie directe. Ces citoyens en herbe, obèses ou en passe de le devenir, se sont mis en grève devant de telles décisions salutaires à leur santé. Soutenus par certains parents et professeurs, ils ont affiché leur colère à l'entrée de la cafétéria avec un mot d'ordre clair « Non au régime ! Nous voulons manger des trucs cool ! »

Rio Grande City est un laboratoire. Un douloureux voyage vers le futur aussi. Ce qui s'y passe n'est ni une exception ni une aberration, mais un amer avant-goût de l'avenir. L'obésité, le diabète, l'attitude de ces étudiants sont ni plus ni moins le résultat des trente dernières années de dérive et de matraquage alimentaire. Trois décennies où l'industrie agroalimentaire a pris le contrôle de nos assiettes, brouillant les repères, changeant la nature même de la nourriture.

Pendant des siècles, manger a été une nécessité et un moment privilégié. Une excuse pour l'échange et la communication. Et, bien souvent, un moment de plaisir. Désormais, un plat, pour s'imposer, doit être pratique, s'engloutir seul et rapidement. Et, surtout, être soutenu par une campagne publicitaire.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ces élèves prêts à se battre pour continuer à se goinfrer. Déjà, dans certaines écoles primaires, les enfants apprennent à compter en additionnant les M&M's. Dans d'autres, ils refusent de manger les fruits frais sous prétexte qu'il est beaucoup plus tendance d'avaler un dessert coloré.

L'industrie agroalimentaire n'est pas seulement coupable d'avoir travesti la nature de notre nourriture. D'y avoir introduit le sirop de fructose-glucose, les additifs, les conservateurs, les résidus chimiques et les acides gras trans. Non, dans cette course au profit, certaines sociétés ont tout simplement tenté de s'emparer de l'âme d'une génération.

Ces mots sont à la hauteur de ma colère. Pas uniquement celle de l'auteur, celle d'un père aussi. Qui, chaque jour, tente de contrebalancer un pouvoir qui nous dépasse. La responsabilité individuelle et celle des parents sont deux mensonges inventés par des spécialistes de la manipulation. Ou du marketing, c'est la même chose.

Les preuves ? Elles sont multiples. Petit voyage dans le temps. Dans les années 1930, Coca-Cola comparait ses atouts nutritionnels aux vertus vitaminées des fruits. Dans les années 1950, 7 Up expliquait comment, mélangé au lait du nourrisson, il favorisait la prise du biberon. À l'époque, à en croire les réclames, certains vins équivalaient même à un repas complet. Et puis, Camel était « la cigarette préférée des médecins ». Aujourd'hui les mêmes tentent de nous convaincre de l'importance de leurs contributions à notre bien-être, de leur sincérité dans la lutte contre le poids, de leur conscience humaniste ou de la non-dangerosité des OGM.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à ses promotions permanentes sur la paire de hamburgers. Déjà, la crise d'obésité est devenue pandémie. Déjà les lagons des porcheries, le HFCS et le trans fat sont partis à la conquête de l'Europe.

L'Europe... Ou comment une idée juste, sensible, enthousiasmante et pacifiste, a perdu elle aussi son âme. L'Europe est devenue la nouvelle cour où manœuvrent les spécialistes du lobbying industriel. Où se pratique un sport dont les règles ont été inventées à Washington.

Et c'est ainsi que, le 9 novembre 2006, Markos Kyprianou, commissaire européen et membre de la Commission européenne chargé de la santé et de la protection des consommateurs, a publiquement félicité Coca-Cola et McDonald's pour leur engagement dans la lutte contre l'obésité.

Coke, McDo et les autres sont pourtant les fabricants de cigarettes d'aujourd'hui. Leur stratégie de communication est identique. La crainte majeure de ces géants de l'agroalimentaire, c'est que les gouvernements, sous la pression populaire, légifèrent. Car la contrainte leur fait peur. Aussi, pour éviter cela, ils jouent la diversion, la carte du volontarisme.

Dans le même esprit, Marlboro et Philip Morris financent aux États-Unis des campagnes publicitaires incitant les gens à ne plus fumer. Or, le budget de ces « ravalements de façade » n'atteint même pas 1 % des bénéfices engendrés par la vente de leurs produits.

McDo, Coke et les autres savent qu'ils sont les premiers responsables de la pandémie d'obésité. Alors, ils donnent le change, martèlent le message de la responsabilité individuelle et l'idée que toute nourriture a sa place dans un régime équilibré.

Lorsque je vois la campagne internationale de Coca-Cola annonçant sa décision de lutter contre l'obésité, je ne peux m'empêcher d'être cynique et de penser : c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

L'engagement à ne pas faire de publicité à destination des moins de douze ans ? Du vent. Rien de neuf. Cela a toujours été le cas. Non pas parce que la Compagnie est « morale » mais parce qu'elle est très intelligente. Elle préfère sponsoriser l'équipe de France de football, lancer un site Internet avec NRJ, imaginer un casting inspiré de « Star Academy » dans tout le pays, pour capter l'attention de ces classes d'âges. Coca-Cola étant, en France, la marque préférée des jeunes, elle n'a pas besoin de s'adresser directement à eux puisqu'elle a réussi à devenir une figure incontournable de leur univers.

Les boissons sans sucre, les salades de McDo ? Tout cela est marginal. Le cœur d'affaire de McDonald's, ce sont les heavy users, les gros consommateurs de Big Mac et de frites. Le produit vedette de la Compagnie ? Coca-Cola Classic et son sucre.

Demain, le monde ressemblera à Rio Grande City et à son odeur permanente de friture. [...]

Avant d'être consommateur, nous sommes citoyens. Nos trois repas quotidiens sont autant d'occasions de voter. Voter pour ou contre un monde toxique. Voter en faveur d'un modèle viable pour l'environnement, notre santé, et moralement acceptable. Notre pouvoir est avant tout celui de l'achat. Plus qu'un bulletin dans une urne, la consommation d'un produit est devenue un geste politique. Le seul moment où le terme de «démocratie directe » a un sens concret.

Mais voilà, si mon pouvoir d'achat m'offre le privilège d'assurer aux miens une assiette sans danger, ce choix est réservé à une minorité. Car manger bien est désormais une source d'inégalité. Les pauvres sont aujourd'hui massivement représentés dans les rangs de plus en plus peuplés des obèses. Comme à Rio Grande City, leur pouvoir d'achat les cantonne quasi exclusivement à la nourriture industrielle. En confiant notre alimentation aux géants de l'agroalimentaire, nous leur avons laissé le droit d'installer des régimes d'apartheid nouveaux.

Et c'est pour cela que, même s'il est capital, un engagement individuel ne sera jamais suffisant. Pour éviter que demain, notre monde ressemble à Rio Grande City, il faut que la classe politique se souvienne que, parmi ses devoirs, se trouve l'obligation de protéger la société des risques pathogènes. La malbouffe tue. Il faut donc une intervention gouvernementale pour contraindre certaines compagnies à cesser de nous empoisonner.

William Reymond

La faim justifie-t-elle les moyens ?

Hiver 2013

De plus en plus de personnes se livrent au glanage de nourriture à la fin des marchés et dans les poubelles des magasins d'alimentation ou des restaurants. Certains ne respectent plus la loi et volent pour manger. Un gendarme témoigne :

« Ce matin j'ai pris mon service de gendarme de réserve dans une brigade du ... . Après discussion avec mes collègues il est à noter une recrudescence des vols de nourriture... Des jeunes comme des personnes âgées ! Les jeunes font parfois des vols à main armées pour quelques euros dans le but de se nourrir et les vieux embarquent du jambon dans les supermarchés. Ils ont une retraite mais les charges sont tellement lourdes qu'ils n'ont plus de quoi acheter à manger ! Ça fait mal de les voir ainsi ! » (http://www.jovanovic.com/blog.htm)

La classe dominante est insensible à l'augmentation de la pauvreté et ignore les conséquences de la cherté de la vie. Elle refuse de voir l'ampleur de la crise sociale et parfois, comme la bourgeoisie de Nogent-sur-Marne, elle applaudit quand un maire interdit le glanage. Mais des émeutes de la faim pourraient éclater en France.

Hiver 1847

« L'hiver 1846-1847 sera le plus terrible que les pauvres aient eu à subir depuis plus d'un quart de siècle. Une crise multiforme perturbe l'économie d'Occident ; la famine sévit en Irlande ; dans la France de Louis-Philippe se propage une agitation pétrie d'archaïsme. Les campagnes du Berry constituent un des épicentres du mouvement ; c'est qu'ici domine la grande propriété céréalière ; les journaliers agricoles qu'elle emploie sont touchés plus que les autres par la cherté des subsistances.

Les événements qui se déroulent dans l'Indre en janvier 1847 forment une véritable synthèse de la, pratique de l'émeute ; menaces contre les possédants, entrave à la circulation des grains, inventaires autoritaires des greniers, taxation et vente forcées : rien ne manque au catalogue des troubles frumentaires.

La résistance au libéralisme se double ici d'une hostilité à la modernité des techniques, à la mécanisation du travail agricole ; les bandes qui parcourent la campagne détruisent les machines à battre et obligent les propriétaires à embaucher les journaliers sans travail. Il ne s'agit pas, bien loin de là, de violence aveugle mais de gestes accomplis par des artisans et des « laboureurs » qui se réfèrent à une économie morale passéiste et qui ont le sentiment d'agir en toute légalité, avec la caution des autorités municipales.

Très vite, l'événement va révéler les tensions, voire les haines qui fracturent la société rurale ; hostilité à l'égard du « bourgeois » c'est-à-dire, ici, du grand propriétaire, haine à l'égard du meunier et, plus encore, de l'usurier. Incontestablement, les troubles de Buzançais constituent l'aboutissement des révoltes populaires... » (Alain Corbin)

Pendant l'hiver 1846-1847, la cherté des subsistances et le chômage saisonnier aggravent les conditions de vie déjà précaires de maintes catégories sociales. Des émeutes, réflexe à la misère, éclatent dans trente-cinq localités de l'Indre.

Mais la « Jacquerie de Buzançais » reste « l'affaire la plus considérable », tant par la violence des troubles que par la dureté de la répression dont se font l'écho des personnalités marquantes du 19ème siècle : George Sand, Victor Hugo, Karl Marx et Gustave Flaubert.

LETTRE DE GEORGE SAND À RENÉ VALLET DE VILLENEUVE

(Nohant, 5 février 1847)

Cher cousin,

je pars pour Paris dans quelques heures et ne veux pas quitter Nohant sans vous remercier et vous demander pardon des inquiétudes que vous avez eues pour moi. Nous avons été tranquilles pour nous-mêmes comme s'il ne s'était rien passé autour de nous quoique l'émeute se resserrât de tous côtés sur la Vallée Noire et eût même pénétré à une demie lieue de chez nous. Mais il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Je ne juge pas les émeutiers des autres localités, je ne les connais pas ; mais, je juge ceux du Berry et je vois ce qu'ils sont et ce qu'ils font.

Ce sont des gens qui ont faim et qui se fâchent contre les avares et les spéculateurs. Ils ont montré un rare discernement dans leurs vengeances, qui, pour être fort illégales n'en étaient pas moins justes. Ne plaignez pas le propriétaire de Villedieu. C'est un Monsieur Maçon ou Masson, bourgeois enrichi, ignoblement avare, et plus que cela, fripon et méprisable sous tous les rapports, les peintures de Villedieu sur lesquelles il avait spéculé et brocanté comme un juif n'étaient plus que des croûtes, et tout son luxe de mauvais goût jeté à la rivière n'inspire aucun regret. Un autre propriétaire pillé était un espèce de fou qui crachait volontiers à la figure d'un paysan et lui administrait des coups de cravache quand il avait bu. Il a eu la bravoure de se sauver quand on est venu chez lui, et il écrit maintenant des injures au préfet pour ne pas l'avoir préservé, tandis que le préfet était à huit lieues de là au milieu d'une autre échauffourée. Tous les propriétaires qui ont reçu ces révoltés avec calme, bonté et même avec une fermeté noble et polie ont été respectés corps et biens. Une vieille demoiselle seule dans son château leur a donné à souper et leur en a fait les honneurs. Ils n'ont pas seulement élevé la voix devant elle. Un propriétaire a été massacré, il est vrai, mais après avoir tué deux hommes qui ne le menaçaient pas et qu'il eût pu raisonner. En certains endroits, ces brigands ont été d'une générosité extraordinaire dans leurs procédés. Voilà ce qu'on ne dit pas et ce qu'on ne veut pas dire. On a peur, et on invoque les gendarmes, pour se dispenser d'être bon et juste. Encore une fois, je ne dis rien de vos émeutiers, je ne sais rien, mais je vous réponds que si vous étiez ici, vous dormiriez sur les deux oreilles au milieu du bruit, car on n'en veut qu'à ceux qui se conduisent mal, et spéculent effrontément sur cette affreuse misère. N'y a-t-il pas quelque chose de plus révoltant que de voir des hommes privés de tout, perdre patience et demander du pain un peu haut ? C'est de voir des hommes gorgés d'argent refuser le nécessaire à leurs semblables et se frotter les mains en se disant que l'année est excellente pour faire de bonnes affaires sur les blés ! Savez-vous que beaucoup d'industriels s'en vantent et que beaucoup font travailler au rabais, profitant de ce que le désespoir et l'indigence extrême font accepter à des malheureux 12 sous par jour ? Aussi ces Messieurs font-ils beaucoup travailler, l'occasion est si bonne, et l'année si favorable ! C'est affreux, et entre ceux qui vont comparaître aux assises et ceux qui vont les accuser, je ne sais pas trop lesquels ont mérité les galères...

George SAND

Le premier abattoir exclusivement rituel d'Europe

Le premier abattoir exclusivement rituel d'Europe sera construit dans le Limousin, à Guéret (23), avec des financements publics.

En Creuse, le collectif  N.A.R.G. dénonce les manœuvres d'une clique politico-affairiste qui sait parfaitement emberlificoter les citoyens pour faire du profit. Car la viande halal/casher représente un marché important pour le puissant lobby qui est parvenu à faire disparaître l'étourdissement préalable des animaux destinés à l'alimentation des musulmans et des juifs. Or rien, dans les textes sacrés, ne s'oppose à l'insensibilisation des animaux au moment de leur mise à mort. Les autorités françaises ont choisi le camp des intégristes bornés et cruels qui sont insensibles à la souffrance animale. L'agonie des animaux égorgés dure entre 10 et 14 minutes.

Un ministre français s'était même ouvertement opposé aux parlementaires européens qui souhaitaient instaurer un étiquetage visant à informer le consommateur sur les conditions d'abattage. Il déclara aux autorités juives : « Vous pouvez compter sur ma mobilisation et celle des députés français au Parlement européen pour que le projet n'aboutisse pas » (Brice Hortefeux). Un tel zèle est inacceptable de la part d'un ministre de la République laïque. 


Collectif  N.A.R.G.